Jeannolle d'ailleurs affectait de n'opérer que dans la noblesse; c'était un voleur du faubourg Saint-Honoré et du faubourg Saint-Germain; ses victimes habitaient toutes les beaux quartiers et étaient plus ou moins inscrites dans l'armorial de France; et quand il y avait quelques pieuses restitutions d'objets inutiles et sans valeur à faire, c'est au rédacteur-en-chef de la feuille la mieux pensante et la mieux cotée dans les milieux mondains, à Francis Magnard lui-même (pends-toi, Arthur Meyer!) que Jeannolle s'adressait.
Voulez-vous les noms des victimes auprès desquelles il voulut bien faire à Magnard l'honneur de le prendre pour mandataire?
Comtesse Butler, rue de la Boétie, 119.
Comte de Lambel, 226, boulevard Saint-Germain.
De Favières, boulevard Saint-Germain, 227.
M. Collas, 33, avenue des Champs-Elysées.
Comte de Bertier, 11, boulevard Malesherbes.
En vérité, on croirait lire la liste d'abonnement du Gaulois.
Rue des Ecuries-d'Artois, chez la comtesse de Puységur, il lui arriva, en dévalisant un secrétaire, d'emporter, par mégarde, pêle-mêle avec cinquante mille francs de valeurs, le testament de la comtesse. Louis Jeannolle était un voleur, mais un galant homme!
Il s'empressa de garder les valeurs, mais de rendre le testament à qui de droit et, pour cette opération délicate, c'est encore à Magnard, au Figaro, qu'il s'adressa.