Anne naquit et fut élevée au château de Blickling, dans le comté de Norfolk. Ses premiers compagnons dans les prairies de Blickling furent sa sœur aînée Marie, son frère George et le poëte Wyatt. Elle suivit son père dans le comté de Kent, au château de Hever, où Thomas Boleyn s'établit plus près de la cour. Anne avait dès lors une gouvernante française.

Elle vécut trois mois chez la reine Marie, femme de Louis XII, et huit ans soit chez la reine Claude, soit chez la duchesse d'Alençon, la sœur de François Ier.

Elle rentra en Angleterre à seize ans. Elle fut fort admirée. Ce n'est point en 1525 qu'elle quitta la France, comme le prétendent certains historiens, ni en 1524, à la mort de la reine Claude, qu'elle fut admise parmi les filles d'honneur de la duchesse d'Alençon. Car elle revit les foyers paternels de Hever à la fin de 1522, époque où, sur les instances de Thomas Boleyn, le cardinal Wolsey la fit admettre parmi les filles d'honneur de la reine Catherine, femme de Henri VIII.

Henri avait trente-deux ans. Il avait eu beaucoup de maîtresses, entre autres Élisabeth Blount, veuve de sir Gilbert Talbois, et Marie, sœur aînée d'Anne Boleyn. Anne n'eut d'abord que de la répulsion pour le séducteur de Marie. Le poëte Wyatt fut moins heureux encore que le roi. Car le roi du moins avait la haine d'Anne, et Wyatt n'eut que son amitié. Ce fut lord Percy, fils du comte de Northumberland, qui eut tout son amour.

Percy et Anne s'étaient avoué leur passion mutuelle, à York-Palace, chez Wolsey, dans une de ces fêtes où le cardinal prodiguait les fleurs, les lumières, l'or, les collations, toutes les magnificences. Les amants se cherchèrent dès lors et se rencontrèrent dans les soirées soit de Hampton-Court, soit d'York-Palace, soit de Greenwich. Bien plus, lord Percy, que son père avait attaché à la personne de Wolsey, profitait de toutes les affaires d'État qui amenaient le cardinal chez Henri VIII. Pendant que Wolsey s'entretenait d'administration, de finances ou de politique avec le prince, lui Percy, sous prétexte de rendre ses hommages à la reine Catherine, ne manquait pas l'occasion d'enchanter Anne et de s'enchanter lui-même par des confidences à voix basse, par les perspectives de leur bonheur, lorsqu'ils seraient l'un à l'autre, à la face de la cour et du monde. Le mariage serait leur Éden.

L'année 1523, dans ses deux premières saisons, fut l'aube riante de la vie d'Anne Boleyn.

Elle aimait, elle était aimée. Elle avait été fille d'honneur soit de la reine Claude, soit de Marguerite, la duchesse d'Alençon, qui plus tard fut reine de Navarre. Elle avait respiré cette fleur de civilisation française, dont elle emportait le parfum en Angleterre. Anne Boleyn avait plu à Marguerite, et Marguerite avait été adorée d'Anne. Il tomba des conversations de la princesse sur la fille d'honneur des étincelles d'esprit, des hardiesses de conscience et le goût de toutes les nouveautés. Anne profita vite à cette école de galanterie et de philosophie. Elle connut le roi chevalier, les jeunes seigneurs et les penseurs audacieux de Paris et de Nérac. Elle préluda par les escarmouches de Saint-Germain, de Chambord, de Fontainebleau et du Louvre, aux sérieux combats qui l'attendaient à York-Palace, à Hampton-Court, à Greenwich et à Richmond.

Elle fut la grâce de la France en Angleterre, la grâce moins insouciante et plus réfléchie.