«Votre humble et obéissante servante,

«Anne Boleyn.»

Le roi, à cette époque, était comme Anne au mieux avec Wolsey, dont ils connaissaient l'ascendant sur Campeggio, et dont ils attendaient une sentence de divorce. Tous les nuages étaient dissipés. Wolsey n'était pas, mais paraissait réconcilié avec les amants. Henri n'avait jamais été si épris de sa maîtresse. Avant et après la peste, il lui envoyait des bijoux et des chevreuils; pendant l'épidémie il lui envoya des médecins, des messagers et des déclarations. Il vint même la visiter, et il y avait, il faut le redire, du danger à se déplacer: le fléau enlevait en trois ou quatre heures.

Quand la foudre éclate dans l'orage, les troupeaux effarés se dispersent, et ils se cachent la tête sous les buissons. L'homme, au contraire, prévoit et use de son intelligence, de son courage pour se disposer un abri. Ses précautions bien combinées, il se soumet plus paisible au destin. C'est ce qu'exécuta le roi.

Plus de deux mille personnes périrent à Londres en quarante-huit heures. Henri confina sa maîtresse sous les auspices de Thomas et de George Boleyn, un père et un frère dans leur château très-salubre de Hever, au milieu des prairies du comté de Kent. Il leur adjoignit Butts, le médecin en qui il croyait. Il lui nomma plus tard un coadjuteur. Butts, qui était l'Ambroise Paré des Tudors, eut ordre de s'enfermer à Hever avec Anne Boleyn, et de veiller assidûment sur cette jeune fille dont Henri se proposait de faire une reine.

Lui, partit de Hampton-Court avec sa femme Catherine, sa fille Marie, et se réfugia à quelques milles de Londres, de résidence en résidence, jusqu'à une résidence définitive que Wolsey avait préparée pour la famille royale et pour lui-même. Butts y manquait.

Henri y suppléa par d'autres médecins et par sa direction attentive. Il fut lui-même le médecin des médecins. Il prescrivit à tous et à toutes la diète et la chambre, à quelques-uns le lit. Il donnait l'exemple. Il complétait cette hygiène par la prière, par la lecture, par la confession, par les communions fréquentes. Il rédigea son testament en compagnie de Wolsey.

Son amour pour Anne Boleyn semblait suspendu, mais cette interruption, nous l'avons prouvé, ne fut pas réelle. Les messagers allaient et venaient du roi à sa maîtresse. Cet amour contenu ne fut que plus fort. Le poids du fléau en centuplait, par la compression, la profonde intensité. Au sortir de la crise, cet amour fera sauter Rome, si Rome tente de l'étouffer.

Dès que la peste diminua, le roi reprit son livre et ses citations des Pères, de saint Thomas et du Lévitique. C'étaient autant d'arguments contre son mariage avec Catherine d'Aragon et pour le divorce. Ses dispositions sont les mêmes qu'à la veille de l'épidémie, lorsqu'il écrivait à sa maîtresse: