«On ne peut donner une plus forte démonstration de la décadence de Rome et de sa chute prochaine, que de voir les peuples les plus voisins de la capitale de l'Église d'autant moins religieux qu'ils en sont plus près.

«Puisque certaines personnes estiment que la prospérité de l'Italie dépend de l'Église de Rome, qu'il me soit permis d'apporter contre cette opinion quelques raisons, dont deux, entre autres, me paraissent sans réplique. Je soutiens d'abord que le mauvais exemple de cette cour a détruit en Italie tout sentiment de piété. C'est le premier service qu'elle nous a rendu; mais elle nous en a rendu un plus grand qui entraînera la ruine de l'Italie: elle nous a toujours maintenus divisés.

«Un pays ne peut véritablement prospérer que lorsqu'il n'obéit en entier qu'à un seul gouvernement, soit monarchie, soit république. Telle est la France, telle est l'Espagne. Si le gouvernement de toute l'Italie n'est pas ainsi organisé, c'est à l'Église seule que nous en sommes redevables.... N'ayant jamais été assez puissante pour s'emparer de toute l'Italie et n'ayant pas souffert qu'un autre l'occupât, l'Église a été cause que ce pays n'a pu se réunir sous un chef de gouvernement; il a été divisé entre plusieurs petits princes et seigneurs. De là son fractionnement et sa faiblesse, qui l'ont livré en proie non-seulement à des étrangers puissants, mais à quiconque l'a attaqué.

«Or, tout cela, c'est à la cour de Rome que nous le devons.» (Discours sur Tite-Live, t. II, p. 445-446.)

Voilà ce que démêlait Machiavel avec l'infaillibilité de son coup d'œil d'aigle italien, et voici ce que criait Luther du fond de son tourbillon germanique.

Il appelle le pape «monstre papalin.» «Le pape, dit-il, est une tête d'âne qui ne saurait être la tête de l'Église; car l'Église est un corps spirituel qui ne peut ni ne doit avoir de tête officielle. Christ seul est le seigneur et le chef de l'Église.»

Il écrit au pape Adrien (1523): «Je suis fâché de donner de si bon allemand contre ce pitoyable latin de cuisine dont vous faites usage.»

Il répond au pape Clément, qui annonçait dans deux bulles un jubilé pour 1525: «Cher pape Clément, toute ta clémence ne te sera comptée. Nous n'achèterons plus d'indulgences. Chères bulles, retournez à Rome d'où vous venez; faites-vous payer par les Italiens. Qui vous connaît ne vous achète plus. Nous savons, Dieu merci, que ceux qui croient le saint Évangile ont à toute heure un jubilé. Bon pape, qu'avons-nous affaire de tes bulles? Épargne le plomb et le parchemin; cela est désormais d'un mauvais rapport.» (Luth., Werke IX, p. 204.)

Le réformateur disait du pape Jules II: «C'était un diable incarné,» et du pape Clément VII: «Il n'y a jamais eu de plus rusé trompeur sur la terre que ce pape-là.»

Érasme disait à son tour de Luther: «Il est insatiable d'injures et de violences; c'est un Oreste furieux.» A quoi Luther répliquait: «La colère m'est bonne; je ne sais si de sang-froid je pourrais aussi bien dire. Dans la colère, mon tempérament se retrempe, et toutes les tentations, tous les ennuis se dissipent. Je n'écris et ne parle jamais mieux qu'en colère.»