« La douceur profitera plus que la rigueur ; ostons ces mots diaboliques, noms de factions et de séditions : luthériens, huguenots, papistes ; ne changeons le nom de chrétiens. »

Malheureusement le chancelier de l'Hospital fut un grand exemple plutôt qu'une grande influence. Il était trop supérieur à son temps. Meilleur que les bons, plus intrépide que les braves, c'était le juste de l'antiquité assoupli par les mansuétudes de la philosophie du Christ et par l'onction de l'Évangile. Il n'était d'aucun parti, si ce n'est du parti de Dieu. Seul il représentait sur sa chaise curule le droit, la commisération. C'était le ministre des conciliations et de la concorde. Ce n'était pas l'homme de son siècle, mais l'homme des siècles. De là son impuissance passagère et sa gloire durable.

On aurait pu lui appliquer le verset du Psalmiste, et par là le définir :

« La miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix se sont embrassées. » (Ps. LXXXIV.)

Quand il se levait pour parler, soit dans l'assemblée des états, soit dans la chambre du conseil en face du roi, de la reine et des princes, soit en plein parlement au milieu des juges, un frémissement involontaire de respect accueillait cette haute intégrité et cette calme éloquence. Sa taille imposante, son visage pâle, ses cheveux rares, son front chauve, sa barbe blanche et vénérable, ses manières graves, son air modeste et stoïque, faisaient de ce grand personnage le modèle du sénateur et du magistrat. L'équité était de flamme en lui comme l'amour chez les autres hommes. Elle était plus que sa règle, elle était sa religion. Chaque fois que cette fibre de son cœur était touchée, même légèrement, elle rendait un son puissant. Les âmes, attirées et gagnées par l'accent pénétrant de cette conscience, suspendues à ce regard assuré, à ces lèvres d'où coulait la persuasion, et sur lesquelles passait de temps en temps un sourire triste, les âmes, émues d'abord, s'inclinaient à l'assentiment ; mais elles ne tardaient pas à se roidir. Les colères catholiques ou protestantes se dédommageaient d'un moment de surprise. Ce n'étaient plus qu'emportements et tumultes. L'huile que ce grand cœur avait versée sur les passions fougueuses, loin de les éteindre, les faisait brûler davantage. Cette voix, un instant écoutée avec faveur, se perdait dans le cliquetis des épées et dans les imprécations des partis.

Cependant, avons-nous dit, le cri des martyrs avait monté, et la vengeance semblait atteindre successivement les bourreaux d'Amboise.

Le chancelier Olivier expiré, ce fut bientôt le tour du roi. Il succomba dans l'année, le 5 décembre 1560.

Coligny ne quitta le lit de François II que lorsque le jeune monarque eut rendu le dernier soupir. Se tournant alors vers les seigneurs qui étaient là et qui entouraient les Guise : « Messieurs, dit-il avec la gravité religieuse qui lui était naturelle, le roi est mort ; que cela nous apprenne à vivre! »

Dans les préoccupations politiques d'un nouveau règne, François II fut vite oublié des courtisans. Il ne fut accompagné à Saint-Denis que par Sansac, la Brosse, ses anciens gouverneurs, et Guillard, évêque de Senlis. La pompe des obsèques fit remarquer davantage l'absence des grands vassaux de la couronne. « Les restes, raconte Fornier, furent transportés dans un char d'ébène tiré par six chevaux noirs, toujours de nuit, au milieu d'une infinité de flambeaux de cire blanche et de toute la cavalerie de la garde, dont les cavaliers, vestus de deuil, avec de grands panaches et leurs chevaux houssez jusqu'à terre, portaient par intervalles, tantost l'espée nue et tantost le pistolet au chien abattu. »

Marie, doublement frappée dans son amour et dans sa grandeur, s'abandonna seule au désespoir. François était doux et bon, dévoué tout entier aux moindres caprices de sa jeune femme. Elle comprit toute l'étendue de sa perte. Elle ne pouvait prier ; elle ne pouvait que gémir et pleurer. Sa douleur était sans bornes. Elle l'épancha d'abord en élégies touchantes, puis en lettres pleines de détresse :