(La Libre Belgique, n° 31, juin 1915, p. 2, col. 2.)
Au printemps de 1916 a paru en Belgique un livre clandestin: L'Armée allemande à Louvain et le Livre Blanc -Traduction et réfutation de la partie du Livre Blanc relative au sac de Louvain [58]. Cet ouvrage reprend une à une toutes les dépositions et les réfute en les opposant les unes aux autres ou en montrant leur contradiction avec des faits que le premier venu peut constater à Louvain ([pl. IX]).
58 [ Ce volume va être réimprimé par les soins du Gouvernement belge.]
Le Livre Blanc ne reproduit guère, disions-nous, que des dépositions allemandes. Pourtant l'autorité occupante fait aussi en Belgique des enquêtes où des Belges sont entendus. Comment fonctionnent ces enquêtes, quelques articles clandestins nous le diront:
Comment ils font les enquêtes.
Le journal catholique hollandais, De Tijd, rapporte que le cardinal Mercier avait demandé, dans le courant de janvier, qu'une enquête officielle impartiale fût ouverte sur l'accusation formulée contre des prêtres d'avoir tiré contre les Allemands. Une commission d'officiers a interrogé les Flamands et les Wallons au sujet des actes des francs-tireurs; elle a dressé les procès-verbaux de dépositions en allemand, alors que les témoins ne connaissent pas un traître mot de cette langue, et a obligé ces derniers à les signer.
Mgr Ladeuze, principal de l'École supérieure de Louvain, interrogé sur le point de savoir si des femmes avaient été maltraitées à Louvain, répondit que dans les faubourgs il avait été témoin d'actes de violences commis par des soldats. On l'arrêta aussitôt: «Vous sortez de la question, il s'agit de Louvain et pas des faubourgs.» Et la réponse de Mgr Ladeuze ne fut pas portée au procès-verbal.
Poursuivant, Mgr Ladeuze déclara:
—De ma maison, le jour de la destruction de Louvain, je vis deux soldats qui faisaient feu contre l'Institut Arenberg.