61 [ Il faut pardonner aux Teutons, qui ignorent les finesses de la langue, de confondre le sens des prépositions de et à: boîte de sardines et boîtes à sardines; tasse de thé et tasse à thé. etc. Pas toujours cependant, car le plus épais d'entre eux sait parfaitement distinguer entre bouteille de champagne et bouteille à champagne, entre boîte de saucissons et boîte à saucissons, etc.]

«Quant aux caisses de cartouches, elles avaient été de même abandonnées par l'armée belge, non pas dans la maison de l'aumônier,—comme le dit le véridique témoin boche,—mais dans une habitation fort éloignée.»

Pas de commentaires, n'est-ce pas?

Cet exemple, ajouté à celui plus typique encore, que tous nos lecteurs auront remarqué dans l'annexe de la lettre des évêques, au sujet des attentats sur les religieuses, donne une idée de la «conscience scrupuleuse» de M. Rosenberg et de la valeur des «règles scientifiques» qu'il a «strictement» observées!
MASTIX.
(La Libre Belgique, n° 62, février 1916, p. 3, col. 1.)

On pourrait aligner indéfiniment les actes de mauvaise foi des Allemands en matière d'enquête; montrer que jamais une instruction faite par eux n'a été publiée sans avoir subi d'abord une falsification soignée, et qu'ils ont repoussé indistinctement toutes les enquêtes bilatérales qui leur étaient proposées. Mais à quoi bon? Les nations civilisées savent à quoi s'en tenir sur les francs-tireurs. Si même, au moment de l'invasion de la Belgique, elles avaient peut-être quelques doutes sur la conduite des Belges, elles ont dû être édifiées quand les Allemands, en novembre 1916, essayèrent de justifier exactement de la même manière les atrocités commises contre les Roumains (voir Norddeutsche Allgemeine Zeitung, 19 novembre 1916, 2e édition). On se rappellera aussi que l'Allemagne traite de francs-tireurs les navires marchands qui tentent de résister à ses sous-marins, et que c'est sous ce prétexte que le capitaine Fryatt a été fusillé. D'ailleurs, lors des premiers raids aériens sur l'Angleterre, nos ennemis se sont plaints véhémentement de ce que des coups de fusil eussent été tirés contre les zeppelins.

Il y a là une conception pour le moins abusive qui doit disparaître du droit des gens: celle du caractère sacré de l'armée et de ses membres. Comment! parce qu'un navire ou un ballon fait partie des forces militaires, il devient par cela même inviolable, et quelques horreurs qu'il plaise à son équipage de commettre, aucun civil, même directement attaqué, ne peut lui résister? Nous avons vu en Belgique ce qui arrive, quand un non-militaire a la témérité de s'opposer à une brute revêtue d'un uniforme. Les lignes suivantes sont extraites de L.-H. GRONDIJS, Les Allemands en Belgique: Louvain et Aerschot, page 35 (Berger-Levrault, éditeurs, 1915):

Le village de Linden a été incendié parce qu'un habitant a tué un soldat allemand. Celui-ci, en compagnie d'un autre, avait violé une jeune fille, après avoir attaché ses parents à des chaises. Le père se dégagea de ses liens et tua l'un des agresseurs. Les officiers allemands ordonnèrent de mettre le feu aux maisons, et les parents de la jeune fille, de nouveau attachés à des meubles, périrent dans les flammes.....

Les articles de M. Grondijs ont paru d'abord dans le Nieuwe Rotterdamsche Courant. Nous avions lu à Bruxelles le récit ci-dessus dans le numéro du soir du 7 septembre 1914, vendu avec l'autorisation de la censure allemande.

d) Nécessité de l'intimidation.

«Ne valait-il pas mieux, disent encore les Allemands, terroriser les Belges tout au début de la guerre? Nous leur avons montré, par quelques échantillons de notre savoir-faire, à quoi ils s'exposeraient s'ils nous attaquaient, et nous leur avons épargné ainsi de plus grands malheurs. Bref, c'est pour leur bien que nous les avons massacrés et que nous avons fait flamber leurs villes et leurs villages.» Nos journaux clandestins ont fait mieux que de discuter ces déclarations: il leur a suffi de les reproduire textuellement pour en faire toucher toute l'horreur. La Soupe, dans son n° 213, et Le Belge, dans ses no 2 et 3, ont publié la traduction française de l'article de M. Walter Bloem dans Kölnische Zeitung du 10 juin 1915[62]. C'est un article qui deviendra classique comme un exemple frappant d'une déformation professionnelle conduisant à l'inhumanité cyniquement préméditée. Il est bon de dire que M. W. Bloem, un littérateur connu, est capitaine dans l'armée allemande et adjudant de M. le gouverneur général von Bissing. Il peut donc s'exprimer avec clarté et il sait ce qu'il veut dire. Il nous suffira de citer un passage de son article, celui dans lequel il justifie le principe d'après lequel, pour la faute d'un seul, toute la collectivité doit être punie.