—Pour pouvoir donner de la farine à tout le monde, la ration de pain est limitée dans les villes.—Von Bissing protège le cochon que le paysan abat, faute de pouvoir l'engraisser. Cette mesure ne sert à rien. Mais le Comité impose à Bruxelles et à Anvers le pain blanc, ce qui permet de prélever le son nécessaire à l'élevage des porcs.

—Le gouverneur impérial limite les déplacements dans les différentes provinces. Il en résulte que 5 millions de Belges se voient claquemurés dans leurs cantons.—Il soumet à son contrôle les prostituées et prévoit de fortes amendes: l'argent n'a pas d'odeur!—Des commerces teutons se multiplient à Bruxelles.

Mars.—Sous prétexte d'empêcher la contrebande de guerre, von Bissing interdit l'exportation de nombreux produits industriels; cela lui permet de connaître les stocks. Même les transactions intérieures sont soumises à autorisation, c'est-à-dire entravées pour les Belges.—Accapareurs et haussiers opèrent librement. Les magasins communaux s'épuisent à cause de la piraterie en mer. De nouveaux arrivages régulariseront plus ou moins le marché.—Poursuites et condamnations du chef de recrutement militaire se succèdent. Pour d'autres motifs, les amendes s'accumulent: les kommandanturs et les bureaux allemands, encombrés de sinécuristes, battent la dèche.—Les oeuvres d'assistance et d'entr'aide, créées par les Belges, font beaucoup de bien: la mendicité diminue de jour en jour. Le Comité Solvay patronne et subsidie toute initiative intéressante; la solidarité supprime le paupérisme.

Avril.—Pour avoir refusé de réfectionner la route de Malines (abîmée par le charroi militaire) la ville de Bruxelles est frappée d'une pénalité de 500.000 marks...

—Grâce à l'activité de la section agricole du «Comité», les terrains vagues se convertissent en cultures. Une coopérative intercommunale fait des provisions de vivres.—La Croix-Rouge de Belgique disparaît plutôt que d'assurer le service civil du corps de santé allemand; l'encaisse est confisquée et une fausse Croix-Rouge de Belgique est constituée par les Allemands.

—Un tarif prussien refrène la hausse des vivres et des fourrages. Seule, l'intendance militaire tire profit de cette mesure, qui demeure lettre morte pour le public. Le régulateur des comptoirs communaux arrête l'ascension des prix: ils restent néanmoins en hausse.

Mai.—Les extorsions d'argent continuent en raison des besoins des budgétivores qui se casent en Belgique. C'est vraiment du brigandage. En Hollande, en Angleterre, des agents allemands substituent nos billets à leurs marks dépréciés. La Deutsche Bank, de Bruxelles, ratisse la monnaie d'or et les billets par l'appât d'une prime. Le billon de nickel est drainé également.

--Von Bissing met à la ration nos prisonniers en interdisant de leur envoyer plus de 5 kilogrammes de vivres par mois.—Le pain renchérit encore. En Flandre, la ration tombe à 200 et 175 grammes. Sur tous les points du pays, on constate l'affaissement physiologique des ouvriers et des ouvrières, ce qui les rend moins résistants à la fatigue et diminue leur production. Des émeutes provoquées par la cherté des vivres éclatent à Liège: les baïonnettes prussiennes aident la police à rétablir l'ordre... Toutefois, le pain et les denrées sont tarifés.

Juin.—Dans un communiqué publié par la presse à tout faire, von Bissing expose comment ses «intentions de faire renaître la vie économique en Belgique sont remises en question»: c'est la faute aux ouvriers de l'arsenal de Malines! Ils refusent de reprendre le travail. Voilà pourquoi ledit gouverneur pressure et affame le pays! Si l'on travaillait à l'atelier de Malines, la Belgique entière serait un paradis! Rien de plus simple! Mais voici la vérité: afin que tout le personnel prussien soit disponible pour les travaux urgents d'une grande ligne militaire allant d'Aix-la-Chapelle à Bruxelles, par Visé et Louvain, les ouvriers belges des arsenaux de Gand, de Malines, de Jemelle, de Luttre, etc., furent sommés de reprendre le travail. Pour les y contraindre, à Gand on a arrêté leurs femmes; à Malines on les isole et, avec eux, tout le district. En attendant, la nouvelle ligne n'avance guère! D'où la fureur de von Bissing! Il était clair qu'il ne se serait pas fait une telle bile s'il se fût agi, comme il le dit mensongèrement, de l'intérêt des populations belges! Les intérêts allemands, voilà uniquement ce dont il s'occupe.

—Le Prussien fixe un tarif des viandes dont bénéficie seule l'intendance prussienne, aux abattoirs.