L'une de ces oeuvres est la Revue hebdomadaire de la Presse française, qui paraît régulièrement en fascicules de seize pages. Elle se dit «soumise à la censure K. K.» [(pl. IX)] et donne, outre quelques articles originaux, des extraits de journaux français, tels que Le Temps, Le Figaro, Le Matin, Le Journal des Débats... ou suisses, comme Le Journal de Genève et La Gazette de Lausanne; elle reproduit aussi des articles du Bureau documentaire belge, du Courrier de l'Armée belge, du XXe Siècle, de L'Écho belge et d'autres journaux belges. De temps en temps un numéro est consacré en entier à un seul auteur. C'est ainsi que la Revue a reproduit Sur la Voie glorieuse, d'Anatole France, et une belle série de dessins de Louis Raemaekers. (Pour ceux-ci elle s'excuse de n'avoir pas pu les faire «grafer au purin».)
L'Écho de ce que les journaux censurés n'osent ou ne peuvent pas dire paraît à intervalles irréguliers.
Une autre publication du même genre, La Soupe, donne chaque semaine une cinquantaine de pages dactylographiées, ce qui équivaut à plus de cent pages d'un volume in-8. C'est par elle que nous avons connu les Rapports de la Commission d'enquête belge, des extraits du Livre Bleu et du Livre Jaune, le texte français de l'Appel des 93 Intellectuels allemands et une douzaine de ripostes à ce manifeste, la Lettre de M. Romain Rolland à Gerhart Hauptmann et la réponse de celui-ci, les poésies de M. Rostand (La Cathédrale), de M. Miguel Zamacoïs (La Cathédrale de Reims, Les Belges), d'Émile Verhaeren (La Belgique sanglante), la Lettre pastorale de Mgr Mercier, La Belgique martyre de M. Pierre Nothomb, les discours de M. Henry Carton de Wiart à l'Hôtel de Ville de Paris, de M. Lloyd George au Queen's Hall, de M. Maurice Maeterlinck à la Scala de Milan, les lettres de Me Théodor au baron von Bissing, les sermons du R. P. Janvier, de M. Bloch, grand rabbin de Belgique, etc., etc.
La même revue nous tenait aussi au courant des méthodes de la propagande allemande. Elle nous a permis de juger à leur juste valeur, qui est peu élevée, les publications de propagande tudesques: Journal de la guerre, La Guerre, Die Wahrheit über den Krieg (La vérité au sujet de la guerre), Sturmnacht in Loewen (Nuit d'alarme à Louvain), etc. Ces extraits ont été largement répandus. Nous estimions en effet que rien n'est plus utile à notre propagande que de donner de la publicité aux brochures de propagande de nos ennemis, afin de montrer à tous comment ils torturent la vérité. Ainsi en publiant leur récit, Cruauté contre un couvent [4], ils nous ont rendu un service inappréciable, tant les mensonges y sont lourds et évidents. Furent également traduits et publiés les articles de M. le capitaine Bloem (La Campagne des atrocités) [5], de M. von Bissing fils (La Belgique sous l'administration allemande) [6], etc.
4 [ Voir Comment les Belges résistent..., p. 278.]
5 [ Ibid., p. 232.]
6 [ Ibid., p. 409.]