Hallali! la bête est atteinte, la bête est en train d'agoniser! Réjouis-toi, Belgique, innocente victime, si longtemps torturée par la bête! Ta délivrance est proche....
Ego.
(La Libre Belgique, d'après L'Écho belge, 16 mars 1916.)
3. L'optimisme en Belgique.
Tous ceux qui ont été en contact avec les Belges de Belgique ont été frappés de notre bonne humeur et de notre inaltérable confiance. Relisez les correspondances bruxelloises de Nieuwe Rotterdamsche Courant et des quotidiens allemands: toutes indistinctement expriment la stupéfaction, ou même l'indignation, devant l'incompréhensible attitude de la population: ne voilà-t-il pas que, malgré leurs épreuves, les Belges gardent la foi dans la victoire intégrale des Alliés! Légèreté, pense le correspondant de Nieuwe Rotterdamsche Courant; aveuglement qui frise la bêtise, écrivent les Allemands.
La même impression défavorable nous a été communiquée par des Hollandais qui étaient venus en Belgique pendant l'occupation. «Comment pouvez-vous rester gais et souriants; seriez-vous assez naïfs pour croire encore à l'écrasement final des Allemands? Vous êtes donc incapables de mesurer la formidable puissance militaire qui vous étreint!»
Qui plus est, des Belges réfugiés en Hollande, en Angleterre ou en France, nous ont tenu à peu près le même langage. Eux aussi commençaient à douter de la possibilité de réduire le militarisme allemand.
Quel est le secret de notre optimisme tenace? Est-il, comme le pensent les observateurs superficiels, dans un manque de réflexion ou de saine compréhension des circonstances présentes? Non pas. Il tient à nos souffrances mêmes, à l'incessante tension qui nous est nécessaire pour lutter pied à pied contre les exigences de l'Allemand,—à notre volonté de ne pas nous laisser intimider par les menaces et les exécutions,—à la claire notion que nous avons de ses faiblesses et de ses fureurs impuissantes. En un mot, nous avons la foi, parce que nous agissons. Celui qui risque journellement sa liberté et sa vie, n'a pas le temps de s'abandonner au désespoir; et il n'y a plus en Belgique que des conspirateurs qui se sentent guettés par la police allemande! Notre mentalité est en somme la même que celle du soldat de première ligne comparée à celle des troupiers qui se reposent à l'arrière: autant dans la tranchée règnent la bonne humeur et la confiance, autant les réserves broient du noir.
Cet état d'âme devait être esquissé pour faire saisir le ton des articles sur notre optimisme; car la même mentalité imprégnant tous les Belges, nos journaux n'en parlent naturellement pas.
Quelques mots pourtant aux rares hypocondriaques:
Aux esprits chagrins.