Un jour d’automne, Valmineau rencontra Madeleine près de l’anse du Nicou-Coulon, où la mer, perpétuellement démontée, même par les temps les plus calmes, fouaille les brisants avec une fureur toujours renaissante. De là on domine la pointe de l’île, lande rissolée par l’été finissant, et où le logis du braconnier de la mer s’érigeait tout seul, au bout de son allée de tamaris. Mlle Lemarquier observa :
— Nous ne sommes pas loin de chez vous, père Damase.
— Mais non, Demoiselle ; et encore moins des Corbeaux, où que je vas de ce pas. Si j’osais…
Le vieux se tut, intimidé.
— Allons, osez, je vous écoute.
— J’aimerais bien vous montrer ma barque ; je viens de la calfater à neuf, elle est faraude comme une mariée !
— Conduisez-moi, père Damase : je veux la voir !
Sur la grève, le canot de Valmineau reposait, exhalant une forte odeur de goudron frais ; sa joue s’appuyait contre des pierrailles, ses flancs noirs brillaient sous la caresse tiède du soleil d’octobre.
— Y luit comme une chaussure vernie, constata le propriétaire avec un légitime orgueil.
— Il est très beau, votre bateau ! admira Madeleine. Et quel ouvrage vous vous êtes donné là !