— Que non, Demoiselle, fit le bonhomme qui déjà s’affairait à caler une planche peur installer du mieux possible ses passagers. Sept ou huit milles tout au plus, et avec cette jolie brise, on sera vite rendus.

Madeleine et son père embarquèrent.

— En route pour la Meule ! annonça le pêcheur.

Un coup de gaffe pour déborder, les voiles rousses qui se tendent dans le grincement des poulies… le petit sloop tourna le nez vers le chenal, et, laissant sur sa gauche le phare minuscule dont la lanterne se pose sans façons au sommet d’un escalier de quelques marches, il eut bientôt quitté le port.

C’était un après-midi exquis ; la mer, caressée par un soleil automnal, s’étendait, silencieuse, lourde de toute la vie fourmillant sous son manteau d’émeraude. A droite de la chaloupe, l’île déroulait ses paysages que la course modifiait rapidement : Port-Joinville dominé par la citadelle, les ruines du Fort-Neuf perdu au milieu des sables de la Conche, les premiers récifs de la pointe Sud… Et le vent qui arrondissait les voiles fleurait bon les algues, la fraîcheur et l’eau, dont les senteurs réunies forment l’haleine du large, plus douce encore que l’air aux poumons des marins.

Madeleine murmura, laissant pendre sa main dans l’eau qui, jaseuse, caressait le bordage :

— Qu’il fait bon ! Il semblerait que cette saison délicieuse doive durer toujours…

— N’y comptez pas, Demoiselle, riposta Valmineau dans un rire, l’hiver vient même vite ! Regardez ce qui passe là.

Du pouce, il indiquait une masse blanchâtre teintée de vert, faite de millions de corps qui s’épaulaient, se bousculaient, se poursuivaient entre deux eaux, avec de brefs éclairs d’argent :

— Des maquereaux ?