L’abbé Parand était rentré de l’église mordu par l’anxiété, après avoir, à la Messe, jeté toute son âme de prêtre aux pieds du Sauveur des hommes, en imploration pour les Islais éprouvés par la tourmente. Et en était ainsi à chaque tempête : le recteur de cette modeste paroisse maritime souffrait les angoisses de tant de foyers où ni les pères ni les fils n’étaient rentrés. Sachant cela dans l’île, on en chérissait davantage le pasteur, et dès qu’on avait quelque nouvelle, dès qu’une barque avait rallié le port, plus ou moins meurtrie, on s’empressait vers la cure, par les rues onduleuses et montantes. Une fervente action de grâces s’élevait alors du prie-Dieu de l’abbé Parand.

Ce matin-là, le bilan de l’ouragan était sombre. Le Nereus, brisé sur l’estacade de l’avant-port, avait coulé un peu plus loin ; les hommes, d’ailleurs, ayant pu miraculeusement gagner la terre dans le canot du bord. Il y avait aussi le Saint-Pierre désemparé et chassant sur ses ancres, dont l’équipage s’était trouvé recueilli par le Tigre. Mais la Jeune-Captive dont on n’avait aucune nouvelle ! Pour celui-ci, c’était terrible. Et une ardente supplication s’élevait du cœur du pasteur. Il y avait quatre hommes sur ce bateau ; s’ils disparaissaient, ils laisseraient vingt-sept orphelins. « Mon Dieu, gémissait le prêtre, vous n’avez pas pu vouloir cela ! »

C’étaient de bons marins, quoiqu’ils aient manqué l’entrée du port au grand émoi de ceux qui les avaient aperçus au plus fort de la tourmente. Pour ne pas s’écraser contre la jetée où luit un feu vert, ils avaient repris brusquement le large. L’abbé Parand avait affirmé aux femmes qu’ils trouveraient un abri à La Rochelle. Pouvait-on réellement y compter par cette bourrasque ? Dans ce grand souci, les pertes matérielles, déjà considérables, passaient inaperçues.

— On se resserrera un peu plus encore, pensait l’abbé ; mais les hommes !

— M. le curé, c’est M. Lemarquier, de la Meule, avec sa demoiselle.

— Faites entrer, ma bonne.

— Il y a aussi le braconnier.

— Qu’il vienne avec eux.

— Et une petite fille qui a l’air toute perdue.

— Dépêchez-vous, Sidonie ; est-ce qu’on laisse ainsi des chrétiens à la porte ?