Un moment encore, Armand erra au hasard, la tête vide et les jambes rompues. Il se décidait à rentrer dans la salle basse pour y donner l’alarme, quand un dernier espoir brilla dans son esprit : il n’avait pas visité la tour de la poterne. A longues enjambées il s’engagea dans l’escalier aux marches branlantes, faisant fuir une jeune chouette qui s’envola lourdement par une baie dégradée. Au sommet de la tour, presque intacte, une échauguette de vigie dominait le manoir et la côte. Debout dans le cadre vétuste, Annie, blonde et fraîche, attendait. Elle commença :
— Enfin ! J’ai trouvé le temps si long…
Mais un regard lui montra Armand livide, qui la contemplait avec stupeur ; la jeune fille s’effara :
— Qu’avez-vous ?
— Je…
La réaction était trop forte ; incapable de s’expliquer, l’officier ouvrit les bras en balbutiant :
— Annie chérie… Je vous ai crue perdue… noyée… Je… vous aime tant !
— Chut c’est à petite mère qu’il faut dire cela !
Ayant fait cette concession aux lois de la bienséance, Annie tomba, en sanglotant de bonheur, dans les bras qui lui étaient ouverts.
Et à l’instant même, ils rejoignaient leurs familles, l’un à l’autre appuyés. Leur apparition en cet appareil ne suscita point de surprise, et c’est une enfant attendue et désirée que maman Mortimprez serra sur son cœur. On convint tout de suite que le mariage aurait lieu en mai, après le prochain voyage de l’Étoile-du-Sud, que le lieutenant devait rallier sous peu de jours. Madeleine aurait ainsi le temps de mettre la dernière main au trousseau de sa fille. Et le braconnier conclut :