Arrivé devant la large porte cochère de l'hôtel connu, il sonna timidement, puis il grimpa d'un pas furtif les marches moelleusement tapissées.

Madame de Saint-Baume le reçut dans son petit salon aux tentures sévères avec la cordialité due à un ancien ami, doublé d'un bon client. C'était une femme de cinquante et quelques ans, grande et osseuse, aux manières distinguées. Figure longue, aux méplats secs, encadrée de boucles grisonnantes. Des yeux gris très perçants. Un sourire factice entr'ouvre la lèvre mince sous laquelle éclate la blancheur du râtelier.

Il fait bon dans le petit salon. Un petit feu attiédit l'air saturé d'aromates. La grande pendule en bronze repoussé tictaque berceusement. La flamme bleue du samovar veille sur le guéridon couvert d'une nappe brodée.

—Ah! monsieur de Lorn! Quelle agréable surprise! Je vous croyais définitivement perdu pour nous, tout à vos devoirs de mari.

Il eut un petit rire saccadé.

—Je passais devant votre porte, chère baronne, et le désir de causer un instant avec vous du passé conduisit ma main vers la sonnette.

—C'est bien, cela, et je vous remercie de ne m'avoir pas complétement oubliée.

Ils causèrent de mille choses diverses: sport, politique, potins du jour. La petite Niniche était partie en Amérique avec un riche fabricant. Quelle roublarde! Les républicains, tous des Robert-Macaire. Cet imbécile de X… s'était fait sauter la cervelle après avoir perdu au baccarat toute sa fortune et celle des autres. Le banquier Z… venait de surprendre sa femme avec un clown du cirque, etc., etc.

Un coup de sonnette retentit dans l'air apaisé de l'hôtel.

—A propos, dit la baronne. Mademoiselle Louise de Fasols, cette belle brune qui vous aimait tant, mon cher Fernand, est de retour depuis quelques jours, et je l'attends ce soir. Si vous avez quelques instants à nous donner nous allons prendre une tasse de thé ensemble.