—Peste! Quelle érudition, mademoiselle.
—Vous saurez, monsieur Gros-Renaud, que j'ai été employée dans un magasin de japoneries… du temps de mon honnêteté.
—Je vous vois d'ici parmi les magots, fit le lourd financier qui cherchait à se venger de Léonie.
Gros-Renaud continua:
—Œil-Chinois s'appelle tout bêtement Clara Thureaux. Sur son père, je ne sais rien de précis. Sa mère, une ancienne blanchisseuse, pensa que la fillette, avec sa frimousse bizarre, ses crins roux sur le dos, et son coup de hanche shocking, pourrait rapporter gros en vendant des violettes et des roses le long du Boul'Mich, et dans les brasseries où des futurs notaires et des dondons à sacoches marivaudent. Elle avait raison la brave femme. Le succès de la petite Clara fut immense. L'un lui achetait une rose pour lui prendre le menton, l'autre un bouquet de violettes pour lui passer la main dans ses cheveux dénoués. Sa conversation était très amusante. Elle avait de ces reparties ingénûment perverses qui émoustillent. Il paraît même que bientôt le sexe faible la disputa au sexe fort, la gentille bouquetière n'ayant pas manqué de toucher le cœur de mainte verseuse de bocks. L'une voulait remplacer ses chaussettes d'estame par des bas de soie fine; l'autre la comblait de présents en chrysocale; une troisième la faisait calamistrer par son coiffeur…
—Et ce fin mot? interrompit Hanser avec un bâillement ironique.
—Oui, ce fin mot, répercuta de Tretel.
—Pas d'interruptions! commanda Blanche.
—Nous y arrivons, messieurs:
A dix-sept ans, la bouquetière se laissa enlever par un étudiant exotique quelconque. Elle fréquenta Bullier, le restaurant Boulant et l'arbre de Robinson. Il serait superflu de la suivre à travers les diverses étapes qui constituent l'histoire banale de…