— Qu'est-ce qu'il vous prend? demande-t-il déconcerté.
— Moi? Rien.
Et dans sa rêvasserie Henriette se replonge. Lui tente de l'enlacer ; mais, en de significatives rebuffades, elle :
— Non, non, laissez-moi.
Castelan boudeur va près la croisée entr'ouverte ; y fume en regardant la lune. Alors Henriette prend sur la table de travail un dictionnaire de rimes, et, d'une voix de tête, ânonnante, elle lit : Vauban, Laban, Liban, Montauban… Amadis, Cadedis, Cadix, De Profundis…
Le journaliste se met à rire, s'approche, la soulève, à pleine bouche l'embrasse. Très lourdement, comme inerte, entre les bras de l'amoureux, Henriette se laisse choir, les paupières closes, un taquin sourire par les commissures de ses lèvres faisant la grosse lippe.
Les jupes susurrant s'écrasent sur le tapis. Le corsage est dégrafé. Hors les entraves d'écailles, parmi les seins aigus où le busc a mis des tavelures, les cheveux se coulent d'or : d'experts doigts Castelan a dévêtu Henriette. La porte au lit. Ils se connaissent.
Deux heures tintent au proche campanile. Sur le coude, tournant le dos à son amant, Henriette s'absorbe en la lecture de certain livre, semble-t-il. Effectivement elle songe : vrai, ce ne valait pas de tromper Maurice. Quelle désillusion. Jamais elle n'aimera cet homme. Un caprice, à peine. Le littéraire bagou du journaliste faisait espérer des révélations. Quelle erreur! même, maintenant, elle le juge insipide.