Continûment la jambe se meut, et les orteils balancés ondulent le drap. Un râle monte, un râle gras qui grouille dans la gorge étrécie.

La lumière cuivrée de la lampe s'éplore vers la tapisserie et ses fleurages d'or, le glacé des étoffes chères, les cadres étincelants des miroirs. Sur le désordre des choses, un silencieux effroi, un recueillement d'attente. Alors le docteur se retourne et, marchant à M. Freysse qui demeure en un coin de la chambre, il l'entraîne vers la bibliothèque :

— Il faut s'attendre à tout.

— C'est épouvantable. Et ses filles!

Le docteur étend les bras par un geste vague. Puis la figure angoissée de M. Freysse l'attentionne. Ce monsieur grisonnant, très correct avec sa jaquette anglaise et son col droit, paraît soumis à un intime chagrin rare chez les simples amis des mourants. Les rides fines frissonnent dans le cadre de son poil gris ramené sur les tempes, aiguisé en barbiche pointue :

— Et ses filles?


L'une près l'autre, assises. L'aînée fort pâle fixant de ses yeux froids les rosaces du tapis. La cadette pleure à rondes larmes ; et les larmes emperlent ses cheveux blonds volutant sur sa face mièvre.

— Ruinées. Leur père était ruiné. C'est cela qui le tue aujourd'hui.

M. Freysse conte le krach. Il dit comment toute la fortune de son ami Goubert se perdit. Infatigable, il parle avec des énumérations de chiffres. Et tout cela s'égrène vite hors ses lèvres tremblées. Du geste il s'anime, offrant à plat des mains blanches ornées, aux petits doigts, de larges cercles en or.