Au bois, par les sentiers. Sous la hâte de ses émotions neuves, Henriette prodigue à sa sœur des vocables tendres, susurrés, qui, naturellement, lui viennent ; de lentes caresses et douces. Peu à peu l'aînée s'en alanguit. Et, délicieusement, ce fut une après-midi dans des fraîcheurs où les résines sentaient au vol bourdonné des frelons.
En une exquise lassitude la fièvre d'Henriette se calma. Une envie d'être bonne à tous, de s'amollir au repos des divans.
Elles découvrirent une toute petite violette cachée sous les herbes. Elles en eurent une joie. Henriette la vola à sa sœur et l'enfouit dans son corsage entre deux boutons, et plus loin encore, au creux de sa poitrine. Cette fraîcheur sur sa peau lui fut un extrême délice. Mais elles en découvrirent d'autres, violettes, d'autres et d'autres. Elles les mirent à leur bouche ; elles arrachèrent leurs pistils avec les dents et les mangèrent ; elles aspirèrent le suc de leurs tiges dans une impérieuse soif de se froidir les lèvres. Elles riaient pour rien. Marceline ne se lassait point de poursuivre la petite, si gracieuse dans sa course avec ses bas violets dans l'envol des jupons ; et sa taille si mince ceinte de large faille, et son dos plat sur jambes longues.
Chacune fit un gros bouquet où les boutons d'or éclataient parmi les blancheurs rosées des marguerites et les livrées sombres des violettes.
Enfin tout essoufflées elles se prirent par les bras. Dans une allée solitaire elles s'embrassèrent longuement les joues.
— Quel sale bouquet… On n'en donnerait pas deux sous, crièrent des femmes qui passaient, en désignant leurs fleurs.
Et subitement leur joie à toutes deux tomba. Elles se regardèrent avec une grosse envie de pleurer. La misère impitoyable s'imposait à nouveau, leur misère et leur servilité.
V
Henriette s'alla vêtir. Quand elle fut prête, elle trouva Clémence chargée déjà de l'enveloppe en serge qui contenait les étoffes.
Le patron renseigna :