Hermétiquement boutonnés, roides, par à-coups dorsaux, ils montent dans la blafardise de l'escalier.
Pierre Coulesko, très digne, bien que troublé un tantinet, reçoit les témoins de son adversaire. En toilette matinale : veston de flanelle moulant la chute des reins, chemise de soie mauve ; et s'érige l'encolure vigoureuse où les nerfs saillent. Il donne l'adresse de ses propres témoins d'une voix blanche. Alors c'est, l'espace de deux secondes, des convexes de torses piétées sur la tension du jarret ; des bras qui se ballent en avant, inertes ; puis dans l'air, la courbe mordorée des chapeaux remis. Un claquement de porte qui se referme.
Dehors.
L'ascendance du boulevard Saint-Michel dans du soleil. Et l'estivale viridité des arbres rajeunis poudroie. Les teintes plates des affiches versicolores s'allument aux cylindres des colonnes Morris ; des fiacres se précipitent, comme en aval, des fiacres clopent, comme en amont ; les cornes des tramways tintamarrent. Aux terrasses des cafés, sous les tentes éployées, des adolescents glabres, des donzelles aux corsages aoûtés spirent au travers des pailles la frigidité des liqueurs. Devers le Luxembourg, parmi la cohue gesticulante, grisaille ou bariolure de carême-prenant, — Saint-Lager et Sicard vont.
Dans la chambre de Paul Vraziano, un tout jeune homme adipeux déjà, aux yeux étrécis qui, derrière un binocle, cillent. De taille gigantesque, de maigreur fantasmatique, un front de tartaglia macabre sous un toupet en jube de fauve, le cuir dartreux où, profond, se creuse le pli naso-labial, — tel Alexandre Giska, le second témoin de l'adversaire de Maurice.
Tous quatre, depuis dix minutes, controversent.
— Je propose la frontière belge, reprit de Saint-Lager.
— La frontière belge!
— Ce me semble prudent. Je connais bien M. Albarel, ce duel ne sera pas un jeu ; et…