Le chœur des Sylphides.
Au Jubilé des Dominateurs ;
Le chœur des Lémures.
Aux sacrifices propices, à la vue propice de la Larve, aux paroles propices du Mage ; Pardevers les Supériorités, et les Œuvres, et les Intentions ;
Tous.
Soyez en vision.
Comme une plainte éloignée halète le chant des rameurs, une plainte éloignée dans le soleil d'Orient et dans la mer volutante. Gonflée des vents la pourpre triangulaire de la trirème glisse aux flots argentés ; les boucliers suspendus contre la carène resplendissent, et les avirons battent d'une triple salve les ondes épaisses. Puis le chant des matelots domine le tumulte fraîchissant du flot qui s'abat au péristyle sacré. L'hippogriffe de la proue galope dans les eaux crêtées d'or. Du bord les trompes sonnent les triomphes, et les fleurs jetées, et les baisers de femmes, et les enthousiasmes poudroyants.
Successivement descendent de la trirème :
Achille ; ses cheveux blonds croulent sur sa cuirasse aveuglante ; il darde furieusement des regards verts et frappe le sol de son talon sanglant, impatienté ; ses bras forts sont liés de chaînes ; il est maintenu par Ulysse qui s'avance en la figure d'un vieillard robuste dissimulant des armes sous son ample manteau ; Spartacus coiffé de rouge, brandissant un glaive ; puis le groupe d'Eponine et de Lucrèce, en longs vêtements blancs, celle-ci brune et sévère, celle-là blonde et timide ; les sœurs Bacchis, la poitrine nue, ceintes de bandelettes dorées, des parfums dans les mains, les lèvres ouvertes et le geste inviteur ; Horace hirsute chargé de dépouilles ; Roland invulnérable, proclamant des défis ; le Docteur Faust marche absorbé dans la lecture d'un antique manuscrit dont il suit les lignes avec un compas ; Alceste ; Harpagon couronné de la mitre de Toutes-Puissances. Puis une foule de guerriers et de femmes qui, peu à peu, quittent la luisance du soleil pour entrer dans la lumière violette où se fardent les tuniques flottantes et l'azur des armures.
Des murmures, des lamentations et des cris de rage sortent de cette multitude que les Kobolds poussent vers les degrés du temple.