A Biella.
Hier je fis partie avec Lucile et son amant d'aller de bon matin voir la chasse aux filets dans les champs de Dasco. A dire le vrai, je n'en avais nulle envie. Je voulais seulement que Gustave vînt m'éveiller.
Quoique je n'aie pas à me plaindre de ma figure, et que je me fusse contentée avec tout autre du simple attrait de mes charmes, il fallait paraître jolie autant qu'il se pourrait. Je sautai donc en place au lever de l'aurore, je fis ma toilette, et n'oubliai pas les doux parfums; puis, j'allai me remettre au lit en attendant l'aimable garçon après avoir eu soin toutefois d'écarter les rideaux afin de laisser passage à la lumière.
Comme j'étais à rêver yeux ouverts, un domestique vint m'avertir qu'il était temps de me lever. Peu après j'entends frapper à la porte de la maison, c'est Gustave.
Déjà Lucile était à finir sa toilette; elle me croyait à la mienne; et pour n'avoir pas à attendre, elle envoya Potowski me talonner. Je l'entends monter. A l'instant je pousse la couverture au pied du lit, je laisse sortir une jambe, et un de mes bras couronnait ma tête, ma gorge était découverte; et un linceul négligemment jeté voilait le reste.
C'est ainsi à peu près que les peintres représentent la belle Ariadne lorsqu'elle fut trouvée par Bacchus.
La porte de ma chambre s'ouvre. Il approche doucement, entr'ouvre les courtines.
Je feignais de dormir, m'attendant de me sentir couverte de ses baisers. Quel autre me trouvant dans cette attitude eût pu réprimer ses transports amoureux? Mais ce froid mortel, le croiras-tu? ne me toucha pas même du bout du doigt. A-t-on rien vu de si novice, de si sot, de si impatientant?
—C'est donc ainsi, belle dormeuse, dit-il tout haut, que vous prenez le frais?
Je fis semblant de m'éveiller en sursaut.