Comme j'étais enfoncée dans ces sombres réflexions, Lucile vint m'en tirer. J'étais attendue.
La comtesse et son époux furent de la partie. La prise de tant d'oiselets fournit divers incidents agréables. La joie fut vive et brillante; mais mon cœur n'osait s'y livrer.
Sans cesse l'image de Gustave venait s'offrir à mon esprit agité. Cruel garçon! que t'ai-je fait, pour troubler ainsi mon repos? Que suis-je venue faire ici? Avant de t'avoir vu j'étais si tranquille! Je m'amusais si bien!
Ah, ma chère, que le monde est insipide. Que ses amusements sont froids pour un cœur épris comme le mien! Répandue dans les sociétés les plus brillantes: sollicitée par tous les plaisirs, pourrais-tu le croire? Oui, je n'envie que le sort de Lucile. Je voudrais plaire à son amant: l'entendre dire qu'il m'aime serait toute mon ambition, et le soin de faire son bonheur mon unique étude.
De Varsovie, le 1er septembre 1769.
XIX
GUSTAVE A SIGISMOND.
A Pinsk.
Tous mes vœux sont remplis, Lucile est à moi: nos parents, qui ont vu naître notre inclination mutuelle, consentent à la voir couronnée. Mon amour est à son comble. Je n'attends plus que l'heureux moment de le consacrer au pied des autels.
Déjà tout se prépare pour la cérémonie, qui est fixée au 24 du mois prochain.
Cher ami, renvoie ton voyage de quelques jours, et viens prendre part à la fête.