Voilà un beau commencement de campagne, et certes il est bien juste qu'après avoir épousé une pareille cause nous n'ayons pas sujet de nous en glorifier!

Je n'ai reçu dans l'engagement qu'une fort légère blessure au bras gauche: je veux cacher cet accident à Lucile; je te prie de lui laisser ignorer, si tu as occasion de la voir.

Que tu es heureux, cher ami, de pouvoir passer tes jours loin du fracas des armes.

P. S. Suivant les derniers avis, les Ottomans sont prêts à entrer de nouveau en Pologne; ils doivent avoir passé le Driester à Dombassar.

Voilà nos malheureuses provinces inondées de troupes étrangères. Je frémis à l'idée des horreurs qu'elles vont commettre.

De Marianow, le 21 mai 1770.

XXXVIII
DU MÊME AU MÊME.

A Pinsk.

Le renfort que nous avions demandé arriva le lendemain matin près de Marianow. Nous le joignîmes et marchâmes droit aux ennemis. Ils étaient dispersés sur le champ de bataille. A notre approche, ils firent une retraite précipitée.

Birinski se mit à leur poursuite avec le gros de notre armée. Loveski et moi restâmes avec une petite troupe pour reconnaître nos morts.