Elle la saisit avec transport, la pressa contre ses lèvres, l'ouvrit avec précipitation. Bientôt des pleurs de joie inondèrent le papier.

Après l'avoir relue deux ou trois fois, elle examina le cachet et parut surprise de ne pas voir celui de Gustave. (Heureusement, je m'étais servie d'un cachet de fantaisie). Elle fit quelques réflexions et n'en parla plus.

Le rôle que j'ai entrepris me déplaît beaucoup.

Chère Rosette, que ne suis-je comme toi, une âme à l'épreuve! Tu ne serais pas embarrassée en pareil cas: tu ne t'émeus pas pour si peu de chose. Que veux-tu? Il n'est pas donné à toutes les femmes d'être des héroïnes.

De Varsovie, le 29 mai 1770.

XL
GUSTAVE A SIGISMOND.

A Pinsk.

Loveski vint avant-hier, dans un brillant équipage de cavalier, mettre pied à terre à ma tente. Après avoir discouru de choses et d'autres, il garda un instant le silence; puis, il vint m'embrasser et me parla ainsi:

—Cher Gustave, tu vois peut être ton ami pour la dernière fois. Notre commandant, incapable par ses blessures de continuer son service, m'a remis le bâton, jusqu'à ce qu'il soit en état de le reprendre. L'ennemi est peu éloigné. Demain, j'espère le charger à la tête des troupes, et sois sûr que je ne perdrai la bataille qu'avec la vie. Pour venir à nous, il doit traverser le bois voisin; va t'y poster à la nuit tombante avec un détachement de cinq cents hommes; laisse-le s'engager; dès qu'il sera passé, fais-moi signal, je m'avancerai à l'instant; tandis que tu l'attaqueras en queue je le chargerai en tête.

Nous convînmes du lieu de l'embuscade et du signal.