Il arrive enfin, il s'avance vers moi, je m'élance vers lui, je veux l'embrasser, mais il s'éloigne à l'instant, je cours pour l'atteindre, il fuit toujours et semble se jouer de mes feux. Enfin je vois que je poursuis une ombre impalpable, qui s'obstine à me fuir.

Tout-à-coup cette scène changea, et je me vis dans une sombre forêt.

A quelques pas était une grotte obscure. Une main invisible m'y entraîna malgré moi. A mesure que je m'y enfonçai, je découvris, à la sombre lueur de quelques flambeaux, des furies, leur fouet à la main. A leur approche je fus saisie de terreur.

J'étais dans une cruelle agitation, rien n'égalait mon trouble; je m'éveillai enfin, et me trouvai dans mon lit baignée de sueur et de larmes.

On dit que les songes ne sont que de vaines illusions: cependant, je te l'avoue, celui-ci m'attriste.

De Krasilow, le 16 septembre 1770.

LXVI
DE LA MÊME A LA MÊME.

A Biella.

Ah! Rosette, je l'ai vu ce cher ami. Mais qu'il m'a paru changé! Son teint se ressent du hâle. Il n'a plus ces grâces délicates qui sont comme la fleur de la première jeunesse. A cet air ouvert et riant qu'il portait partout, a succédé une douce langueur qui lui donne un air plus tendre. Il est moins beau, mais il est plus intéressant.

A sa vue j'ai senti les plus vives émotions. L'idée de tout ce qui pouvait retarder mon bonheur m'était insupportable: mais plus mon impatience était grande, plus je sentais la nécessité de dissimuler.