La volupté passa de mon âme dans la sienne; Lucile languissait dans mes bras.

Je la considérais avec délices; une égale satisfaction éclatait dans ses yeux. Je lui donnais les noms les plus doux; mais plusieurs fois je me surpris à mêler de tendres reproches à mes tendres propos. Chaque fois, j'aperçus qu'ils faisaient sur elle une vive impression. Crainte de lui faire de la peine, je m'en tins à épancher mon âme par mes regards.

Tandis que nous savourions ainsi en silence le délicieux sentiment du bonheur, le temps s'était écoulé avec une rapidité inconcevable; on vint nous avertir que le dîner était servi.

En passant dans le salon, nous y trouvâmes mon père avec la comtesse et le comte.

Il s'approcha de Lucile d'un air satisfait qui me pénétrait de joie, et lui témoigna en peu de mots combien il était flatté de la voir passer dans sa famille. Elle voulut répondre, la voix lui manqua et une profonde révérence exprima seule combien elle était pénétrée des marques d'attachement qu'elle recevait.

Ce compliment fut suivi d'un baiser, que je trouvai même un peu trop cordial, bien qu'il vînt de mon père. Je te l'avoue, Panin, je suis si jaloux de ma belle, que je ne puis souffrir qu'on la regarde trop fixement, ni même qu'on la loue avec trop de chaleur.

A table, nos parents furent d'une gaîté extrême. Lucile et moi nous nous livrions en silence au plaisir de nous voir.

Comme nous ne goûtions de rien, la comtesse eut recours à la recette de sa sœur. Cette fois-ci, elle fut sans effet.

—Si vous ne mangez pas, du moins vous boirez, dit le comte. Oh là! Carloshou, du Cap!

—C'est bien dit, reprit mon père; mais nous en serons aussi.