Xipharès, toujours resté fidèle,
Et qu'au fort du combat une troupe rebelle
Par ordre de son frère avait enveloppé,
Mais qui d'entre leurs bras à la fin échappé,
Forçant les plus mutins, et regagnant le reste,
Heureux et plein de joie en ce moment funeste,
À travers mille morts, ardent, victorieux,
S'était fait vers son père un chemin glorieux.
Jugez de quelle horreur cette joie est suivie.
Son bras aux pieds du Roi l'allait jeter sans vie;
Mais on court, on s'oppose à son emportement.
Le Roi m'a regardé dans ce triste moment,
Et m'a dit d'une voix qu'il poussait avec peine:
S'il en est temps encor, cours, et sauve la Reine.
Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xipharès:
J'ai craint, j'ai soupçonné quelques ordres secrets
Tout lassé que j'étais, ma frayeur et mon zèle
M'ont donné pour courir une force nouvelle;
Et malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux
D'avoir paré le coup qui vous perdait tous deux.
MONIME
Ah! que de tant d'horreurs justement étonnée,
Je plains de ce grand roi la triste destinée!
Hélas! Et plût aux Dieux qu'à son sort inhumain
Moi-même j'eusse pu ne point prêter la main,
Et que simple témoin du malheur qui l'accable,
Je le pusse pleurer sans en être coupable!
Il vient. Quel nouveau trouble excite en mes esprits
Le sang du père, ô ciel, et les larmes du fils!
SCÈNE DERNIÈRE
MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS, ARBATE, ARCAS, GARDES, qui soutiennent
Mithridate.
MONIME
Ah! que vois-je, Seigneur, et quel sort est le vôtre!
MITHRIDATE
Cessez et retenez vos larmes l'un et l'autre.
En montrant Xipharès.