—Que se passe-t-il donc?
—En voilà une nouvelle!
Mais on se tut. Le char de Yan débouchait sur la place, grave, majestueux, luisant comme un soleil vert. Il était escorté de paysans serrés et respectueux, qui, presque tous, étaient les métayers du vieux Bignaou; et les bœufs qui portaient le maître avaient une grande allure solennelle, comme ces bœufs de l'histoire franque qui roulaient, sur des chars moelleux, de
pacifiques et indolents monarques. Yan avait sur sa figure une grande lumière de triomphe; son béret prenait des airs d'auréole.
—Boun yourn, Yacoulet! Boun yourn, Bertranoun! Adiou Hillotte!
Il les saluait tous et toutes; et ses paroles tombaient de chaque côté du char, aimantes et réjouies, comme une pluie de roses. Il se tenait assis sur le rebord de son véhicule, et, malgré la lourde couverture de laine qui emmaillotait ses noueux genoux, malgré le confortable cache-nez violet qui étreignait son cou frileux, il se trouvait heureux de son destin, le pitoyable et invalide Yan. Et jamais il n'avait savouré plus béatement la banale félicité de vivre, même aux jours lointains où, sur un char semblable, il s'en allait au travail en sifflant comme un merle, le long des routes argileuses où apparaissaient des floraisons de cerisiers et des sourires de jeunes filles.
—Boun yourn, boun yourn, amics!
Et vers lui montaient, comme un encens rustique, les phrases admiratives des laboureurs:
—Ce Yan!