avait dû s'arrêter près du char, et le cocher fronçait des sourcils redoutables.

—Laissez donc passer, Bignaou!

Et un métayer de Yan se mit à la tête des bœufs, puis les guida vers le bord de la route, pour faire place à l'équipage du député.

Il passa, l'équipage. Et Yan lança un souffle de colère capable de faire tourner un moulin.

—Eh bien, quoi! Il ne pouvait pas

rester derrière! lança-t-il au métayer, en le foudroyant d'un regard.

Mais on l'écoutait bien! Il n'y avait plus personne autour de lui. Tous les paysans avaient filé à la suite du député, leurs lauriers en désordre, leurs blouses ballonnées de vent, sans mot dire, abrutis dans l'extase et regardant tellement, tellement, qu'ils semblaient vouloir avaler leur honorable et tout son attelage, avec leurs yeux avides.

Et là-bas, sur le seuil de la sacristie, le curé aussi regardait. Et Emile, l'indigne petit-fils de Yan du Bignaou, considérait également le député parisien, et peut-être sa fille! Et il s'était coiffé, le morveux, d'un abject chapeau de feutre, pour honorer le châtelain de la Taulade certainement! Et, comble de misère, lui aussi, le hargneux et pitoyable Yan, il sentait bien que ses propres yeux, fascinés comme les yeux de tout le monde, ne pouvaient se détacher de cet équipage éclatant, dans lequel trônait—oh! déchéance—celui qui était bien, à cette heure, le plus grand personnage de Salignacq!

—Tin-que-tin-tin! Tin-que-tin-tin!