—Anges de Dieu, est-ce possible?

Emile, le nez dans son mouchoir, saignait toujours.

—Ah! ça ne va pas se passer comme

ça, je te le jure! tu entends, moustachu! Misérable! oser te frotter à moi, à moi, Yan du Bignaou, qui possède la moitié de la commune, à moi, qui

levais trois sacs de froment, les pieds dans un béret! Misérable!... Mais tu viendras me lécher les sabots avant trois mois, entends-tu? et tu échoueras quand même aux élections! tu échoueras, je te le jure! dussé-je... dussé... Eh tiens! lança-t-il en allongeant son poing nerveux vers la voiture, comme s'il avait voulu la briser d'un coup de pouce, dussé-je me présenter moi-même contre toi, Diou biban!

Et, là-dessus, Yan, aidé par Poutoun, remonta dans son char, vengé, frémissant, radieux, comme s'il gravissait déjà, sur ses béquilles garnies de velours bleu, la tribune du Palais-Bourbon.

V

Le château de la Taulade, où venait d'arriver le député Brion, était une maison ancienne, perdue dans une forêt. De chaque côté, des arbres; à perte de vue, des arbres.

On avait accès dans cette tanière par un petit chemin sinueux que M. Brion avait fait tracer récemment, et qui débouchait, après de fols zigzags dans le bois, sur une grande route départementale, à huit cents mètres environ du château. La forêt tout entière appartenait à M. Brion. Elle était clôturée de talus; de sorte qu'on n'y rencontrait guère que les domestiques du député et quelques écureuils vassaux.