La nuit devenait peut-être froide; leurs corps l'ignoraient. La rosée mouillait leurs pieds sans doute; ils ne s'en apercevaient pas. Leurs âmes planaient haut, à larges ailes.
De temps en temps, Emile rentrait, pour ainsi dire, dans son corps, et alors il essayait de prononcer quelque phrase banale, pour ne pas sembler ridicule. Mais Florence interrompait ses paroles d'un regard. Et ce regard disait:
En se regardant, ils comprenaient tout.
«Oh! non! Je comprends mieux comme cela.»
Oh! le bon regard, qu'Emile sentait pénétrer dans son âme, lumineux et doux comme un oiseau de paradis!
Florence était belle, belle à faire pleurer. Il ne l'avait jamais vue, avant cette heure éternelle. Son front blanc semblait suer d'aube; son corps entier dégageait du bonheur; et Emile en sentait de larges effluves passer sur lui. Il la devinait bien aimante, elle aussi, bien aimante et bien pure; il sentait qu'elle ne s'était jamais abandonnée ainsi aux bras d'un jeune homme, et il bénissait le ciel qui venait de provoquer cette inoubliable rencontre, en cette nuit d'avril, au fond de cette forêt silencieuse... Oh! les yeux de Florence, ces yeux violets—qu'autrefois, au temps où il blasphémait, il appelait des yeux d'évêque—qu'ils étaient caressants, qu'ils faisaient du bien à ceux qu'ils daignaient regarder! Emile osait en rapprocher ses lèvres vibrantes, parfois, quand il s'oubliait. Mais le sentiment de son indignité lui revenait très vite. Et il se contentait de pleurer alors, de
pleurer banalement de bonnes larmes tièdes, de bonnes larmes joyeuses qui, dans la mousse où elles tombaient, devaient semer les fleurs des printemps futurs.
Ils ne se dirent rien de leurs anciennes querelles; en se regardant, ils comprenaient tout, ils s'expliquaient tout. Un serrement de main de Florence lui révélait bien plus de choses qu'un long discours. Et tous deux, inondés de béatitude, regardaient partir vers le ciel les troncs grandioses des arbres amis qui, avec leurs branches extasiées, semblaient appeler sur le front des amoureux la bénédiction paternelle des astres.
Parfois, Emile se secouait, comme s'il avait senti une autre âme que la sienne dans son corps.