Et Emile s'en retourna, le paradis au cœur.

Il ne mangea rien ce jour-là. Il ne dit rien à Yan dont les yeux semblaient chargés de mitraille. Il prit son fusil et essaya de braconner. Il resta plusieurs heures derrière un talus, un talus herbeux,

d'où l'on entrevoyait la demeure des Brion. Il ne vit rien venir, jamais.

C'était un supplice énervant.

Il ne vit rien non plus le lendemain.

Florence riait peut-être de lui. N'aurait-elle pas dû se trouver là tout le temps, là, dans ce coin sacré de la forêt?

Un, deux, trois jours se passèrent ainsi. Emile pouvait à peine ouvrir les yeux. Ses mains tremblaient. Son front, où toujours se forgeaient les mêmes mots, semblait s'user à certaines places. Et une tristesse infinie lui noyait le cœur.

Etait-elle malade réellement? Ou ne voulait-elle plus s'approcher de lui?

Emile s'alarmait; il ne pensait qu'à Florence, il se demandait avec angoisses comment cette aventure se terminerait, et il n'osait espérer un dénouement heureux. Elle était la fille d'un député; lui n'était que le filleul de Yan. Elle était une Parisienne élégante; lui n'était qu'un paysan mal dégrossi. Tout, naissance, éducation, habitudes, devait les séparer pour toujours.

Emile songea sérieusement à se pendre, dans ce coin de forêt où il avait cru être si heureux. A certaines heures, il partait d'un pas tragique. Souvent il changeait de costume. Tantôt, il s'habillait comme jadis, d'une blouse et d'un béret; tantôt, il revêtait les habits des dimanches, et frisait longuement ses humbles moustaches.