Et soudain, le petit-fils de Yan entendit encore ces autres paroles, qui tombèrent sur lui comme une avalanche de roses:

—Emile, il faut demander ma main à mon père.

Il frémit:

—Croyez-vous qu'il me l'accorde, lança-t-il, avec une flamme d'exaltation dans les yeux.

—Mais certainement!... Bonjour, Emile. Confiance!

Et Florence disparut, légèrement, sous les branches des arbres.

VIII

Emile s'étreignit le front; il avait peur de le sentir éclater de joie. Il marcha dans la forêt avec l'inconscience d'un somnambule. Il avait les oreilles pleines de fanfares. Il faisait de grands gestes automatiques, comme s'il avait voulu jeter des poignées de bonheur aux plantes, aux nuages, aux étoiles. Toutes les félicités réservées à ce globe devaient être accumulées en lui. Il avait de la joie pour plusieurs hommes, de la joie pour plusieurs siècles, et les organismes qui naîtraient un jour de son corps décomposé seraient tout imprégnés encore de son immortelle béatitude. Il marcha au hasard des routes. Il se sentait poussé par des influences célestes, comme par des mains de lumière; il alla, sans savoir où elles le conduisaient. Il traversa

des taillis, enfila une allée, arriva dans un bosquet ombreux, où un homme lisait des journaux sous une cabane de chaume. Cet homme était M. Brion, le père de Florence. Emile s'approcha. Il tremblait pourtant. La minute était si solennelle! Mais, les mains de lumière le poussaient toujours:

—Va! va! semblait lui dire une voix amie, qui chantait dans le vent; va sans crainte! Le ciel te protège aujourd'hui et rien de ce que tu demanderas ne pourra t'être refusé!