Il arriva en quelques minutes à la Taulade. D'abord l'approche du château l'intimida. Voilà trente ans qu'il n'avait pénétré dans cette maison de messieurs et de dames. Il amortit le bruit de ses béquilles sur les pelouses, il retint sa respiration. Même, un instant,
il s'arrêta, se demandant s'il ne faisait pas une folie.
—Bah! il faut que je voie ce que cette petite a dans le corps! décida-t-il.
Et crânement, il s'avança.
La nuit était claire. Sur les branches recueillies, des insectes invisibles chantaient, de toutes leurs ailes éperdues. Yan, le cœur oppressé, arriva devant une barrière. C'était tout près du château. Aucun chien n'avait grogné encore. Il regarda un moment, avec des yeux jaloux, l'antique édifice qui osait, dans Salignacq, rivaliser de faste avec le Bignaou, puis, ayant concentré toute l'énergie de ses nerfs, il voulut ouvrir. Il ne sut pas. Ces Parisiens ont des barrières qui ferment si drôlement...
—Satanés Parisiens! gronda Yan.
Et, vainement, il promena ses doigts dans les barreaux.
Il y avait déjà dix secondes qu'il tâtonnait, quand un gros chien s'élança vers lui, en aboyant à pleine gueule.
—Bonsoir, Yan! dit alors une très douce voix.
Le vieillard leva la tête.