rembourré de crin: il se meurtrissait dessus. Dans son lit, on avait mis un sommier confortable, au lieu de la patriarcale paillasse en feuilles de maïs: cela lui déchirait les côtes.

Parfois, le dimanche, Emile voulait qu'on mangeât des huîtres: Yan ne pouvait sentir ces bêtes disgracieuses. Il en massacrait trois ou quatre, par tenue, sans trop laisser voir ses nausées.

Et les parquets frottés sur lesquels il croyait tomber sans cesse! Et le silence des domestiques en sa présence, qu'il prenait pour du mépris! Et ses bretelles d'un nouveau système breveté, qu'il ne savait jamais installer sur son dos! Et le tabac, les bonnes prises de tabac dont, pendant quarante ans, il avait gratifié ses voluptueuses narines, et qu'il fallait supprimer actuellement pour cause de propreté! Et sa nouvelle barbe enfin, sa barbe en fleuve, qui lui occasionnait des démangeaisons si terribles, qu'il croyait sentir, selon sa belle expression: des courses de hérissons sur ses joues!

Un matin, étant encore au lit, il vit arriver Emile.

—Eh bien, papa, voulez-vous faire transporter vos papiers dans votre chambre neuve?

—Hein? Quoi? Ma chambre neuve?

—Oui, vous savez bien: celle que vous avez choisie vous-même! Il faut vous dépêcher; on va commencer à démolir celle-ci.

Yan, qui ne s'entretenait plus qu'en français avec son petit-fils, dit brusquement:

Ne bouy pas (je ne veux pas)!

—Mais, papa!