—Mais certainement mademoiselle! c'est de plein gré que je fais tout ça!
Et il s'essuyait les yeux avec le coin de son mouchoir,—toujours cet ignoble mouchoir blanc et propre qui l'empestait, parce qu'il n'y sentait plus la familière odeur de tabac!
Florence restait pensive et regardait longtemps son futur beau-père. Croyait-elle à ce qu'il lui disait? Oui, sans doute. Et quand elle s'en allait,
elle donnait un bon baiser sur le front parcheminé du paysan.
Alors, Yan avait du bonheur sur sa figure pour vingt-quatre heures.
Le jour du scrutin, il venta fort. Tous les arbres de Salignacq allongeaient des espèces de bras déformés, en jetant au loin des paquets de feuilles. On eût dit de grands électeurs végétaux déposant passionnément des bulletins de vote dans d'invisibles urnes.
Dès les neuf heures du matin, Emile pria Yan d'aller voter. On installa l'inerte aïeul sur la voiture, on le descendit devant la mairie, et deux gars solides le portèrent devant la boîte de sapin.
Yan fit son devoir: il vota pour Brion. Emile veillait d'ailleurs. Et quand il se fut acquitté envers le père de sa future bru, Yan revint paisiblement chez lui. Il avait le corps si exténué, les poumons si las, que sa voix parvenait à peine à se faire entendre. Il s'écroula dans un fauteuil, et par une croisée de sa maison neuve il regarda les arbres se démener sous le vent.
Parfois les masses rousses de la forêt, déplacées par la rafale, lui montraient une plaque jaune au loin, un bout de rivière trouble, où précisément un fou s'était noyé, voilà quelques mois. Et Yan se dit tout à coup:
—Pourquoi pensé-je à cela?