Il revient satisfait de la réception du représentant qui lui a dit: «Je compte vous voir au printemps avec mon épouse; je lui ai parlé de votre dame, et elle désire la connaître.—Je vous prie de m'en donner avis.—C'est juste, il ne faut pas surprendre madame, qui fait si bien les honneurs de chez elle.»

Monsieur et madame viennent nous retrouver, et sont surpris de voir la grande allée terminée: «Ah! c'est joli; je suis content, c'est bien travaillé. Tu pourras te promener et t'asseoir, voilà de beaux bancs. Jean va nous ruiner avec ses folies.—Ne te dérange pas de huit jours pour qu'il finisse mon jardin. Je t'en prie. Je voudrais que ça soit sablé.—Eh bien! je vais surprendre Jean; nous allons faire détourner l'eau qui passe sous le petit pont, et il pourra prendre du sable à son aise, il ne sera pas toujours le plus fin.—Il va rire», dit madame.

Les huit jours suffirent pour finir tout le jardin, et je vins annoncer: Monsieur et madame, votre jardin est fini. Vous pouvez venir le voir. Ah! si j'avais du sable, ça serait joli.—Eh bien! Jean, vous en aurez demain; mon mari a mis le sable à sec, et a fait passer l'eau de l'autre côté du pont. Et demain vous aurez deux tombereaux et des hommes pour charger; vous n'aurez qu'à le rentrer.—Ah! madame, nous sommes sauvés. Dans quatre jours, tout sera fini.»

Monsieur et madame nous regardaient de leurs croisées sans venir nous voir. Le jardinier va leur dire: «Tout est terminé.—Voyons cela, ma femme.»

Me voilà le râteau sur l'épaule, à côté de la porte, le chapeau à la main. M. Potier me prit par le bras et me frappa sur l'épaule: «Jean, me dit-il, vous rendez votre maîtresse heureuse et moi content; c'est plus joli que l'herbe qui était dans le jardin.—C'est charmant, dit madame, si ton monde de Paris vient te voir, tu pourras les promener à présent.—Vous ne verrez plus d'herbe pousser dans vos allées.»

Je me remis au moulin, à la charrue et à tout faire, surtout à dresser des chevaux. Monsieur reçoit une lettre de Paris pour se rendre de suite au Luxembourg, chez son représentant, pour affaires. «Jean, mon garçon, il faut partir demain matin pour Paris. Je crois que c'est des chevaux que l'on demande.—Si cela est, ils payeront votre folie de jardin.»

Nous partîmes à cinq heures; à onze heures, nous étions à Paris. Mon maître se présente à l'adresse indiquée; le chef du Directoire[19] lui dit: «Il nous faut vingt chevaux de première taille, tout noirs, sans aucune tache; les prix sont de quarante-cinq louis. Où les prenez-vous?—Monseigneur, dans le pays de Caux et à la foire de Beaucaire. C'est là que je trouverai ces tailles-là.—Cela suffit. Partez de suite! À quelle époque livrez-vous?—Il me faut trois mois et je ne réponds pas d'être prêt à cette époque; ces tailles sont difficiles à trouver.»

Le voilà de retour à Coulommiers: «Allons, dit-il, partons pour la Normandie, et nous reviendrons par la foire de Beaucaire. Je vais faire venir François de suite, lui donner mes ordres et faire part de notre voyage à ma femme.»

Nous arrivons à Caen; on nous indique quelques chevaux. Dans tous les environs, nous trouvons quatre chevaux, on en voulait cinquante louis. «Eh bien! vous les mènerez à la foire, nous verrons cela!»

Nous visitons tout le pays de Caux; nous trouvons des fermes magnifiques et de beaux élèves; nous pûmes en choisir quatre très beaux. La foire de Caen fut bonne pour nous. Mon maître en acheta six superbes; il nous en fallait encore dix. Quant au peuple du pays de Caux, il est magnifique, les femmes surtout, avec leur coiffure belle, haute, large. Les petites femmes paraissent grandes, car leur bonnet a bien un pied de haut! ça leur fait paraître la figure petite. Le monde et les bestiaux, tout est magnifique.