Le portrait ne fut pas donné au grand-duc: il devait être conservé dans la famille de Mme Récamier; mais en écrivant au prince pour le remercier, elle lui envoya un souvenir dont il voulut bien paraître reconnaissant.
Le prince, dont il vient d'être question, est encore heureusement vivant; il nous pardonnera l'usage que nous avons fait de ses lettres; la citation qu'on en fait ne peut que l'honorer personnellement au plus haut degré.
À peu près vers la même époque, le prince royal de Bavière vint à Paris et n'attacha pas moins de prix que le grand-duc de Mecklembourg à être présenté à Mme Récamier. Par les mêmes motifs, elle déclina l'honneur qu'il voulait lui faire, et mit d'autant plus de persistance dans son refus, que la crainte qu'elle éprouvait d'être l'occasion d'un désagrément pour un prince étranger, n'était point pour le futur roi de Bavière, comme pour le frère de la reine de Prusse, combattue dans son propre esprit par le désir que ses relations avec le prince Auguste de Prusse lui avaient inspiré de connaître le grand-duc.
Le prince de Bavière ne mit que plus d'insistance à solliciter la faveur qu'on lui refusait: en voici la preuve dans un billet adressé à Mme Récamier au nom de S. A. R.
Mme DE BONDY À Mme RÉCAMIER.
«Le prince de Bavière souhaite toujours aussi vivement, Madame, de pouvoir emporter une juste idée d'une personne qu'il a depuis si longtemps le désir de connaître, et M. de Bondy est chargé de la part de S. A. R. de vous demander la permission d'aller chez vous voir votre portrait. M. de Bondy aurait été solliciter lui-même votre consentement, mais il a été obligé aujourd'hui d'accompagner le prince à Saint-Cloud. Il m'a remis le soin de vous faire sa demande: c'était pour cette fois une demande officielle et non plus une plaisanterie. M. de Bondy espère que vous ne refuserez pas au prince royal la facilité que vous avez accordée à beaucoup de personnes d'admirer le chef-d'oeuvre de Gérard; et, si vous le lui permettez, il accompagnera S. A. chez vous ou samedi ou lundi matin, à votre choix; ou bien tel autre jour qui vous conviendra. Si vous étiez assez malintentionnée pour sortir précisément à l'heure que vous lui indiquerez, le prince pourra trouver que si la renommée ne l'a pas trompé sur le charme de votre figure, elle lui a exagéré l'affabilité de vos manières, et je ne pense pas que la vue du portrait diminue le regret de ne pas connaître l'original. Mais ceci n'est plus de mon ressort: je ne suis chargée de parler que pour l'amateur de peinture. On attend votre réponse avec impatience, et je la transmettrai à M. de Bondy au retour de Saint-Cloud.
«Agréez, je vous prie, Madame, l'expression de ma sincère amitié.
«H. de Bondy.»
Le prince de Bavière fut reçu par Mme Récamier et emporta d'elle un précieux souvenir; je trouve dans une lettre de Mme de Staël, datée de Coppet, le 15 août suivant, un passage relatif à ce prince:
«J'ai quitté Mathieu de Montmorency à la fête des Suisses, près de Berne, que M. de Sabran vous décrit […] J'y ai rencontré aussi le prince de Bavière, qui m'a demandé de vos nouvelles avec vivacité, et m'a dit que l'on n'approuvait pas ses amitiés, ni pour vous ni pour moi. C'est un bon homme qui a de l'esprit et de l'âme.»