Mme de Krüdner tenait beaucoup pourtant à la présence de Mme Récamier, et une autre fois elle lui adressait ce billet:
«1815. Mardi soir.
«Chère amie, comme il ne viendra peut-être personne ce soir à la prière, puisqu'il pleut, remettriez-vous à demain de venir? Je crois que cela vous arrangera aussi à cause du temps. J'aurai le bonheur, j'espère, cher ange, de vous embrasser demain et de causer avec vous.
«Agréez mes hommages.
«B. DE KRÜDNER.»
En quittant Paris, Mme de Krüdner se rendit en Suisse; elle écrivit de Berne à la femme dont elle avait toujours apprécié la grâce et la bonté. Je donne ici sa lettre. Le jargon mystique dans lequel elle est écrite, s'il a tous les caractères de la sincérité, est au moins piquant dans la bouche de l'auteur de Valérie:
«Berne, le 12 novembre 1815.
«Qu'il me tarde, chère et aimable amie, d'avoir de vos nouvelles, et que je suis occupée de vous et de votre bonheur qui ne sera assuré que quand vous serez entièrement à Dieu.
«C'est ce que je lui demande quand, prosternée devant le Dieu de miséricorde, je l'invoque pour vous; il a touché votre coeur par sa grâce; et ce coeur, que toutes les illusions et tous les biens de la terre n'ont pu satisfaire, a entendu l'appel. Non, vous ne balancerez pas, chère amie. Les troubles que vous éprouvez souvent, le néant du monde, le besoin de quelque chose de grand, d'immense et d'éternel qui venait tour à tour vous faire peur, vous réclamer et vous agiter, tout cela me disait que vous vous prononceriez tout à fait.
«Je vous exhorte à être fidèle à ces grands mouvements que vous éprouviez, à ne pas vous laisser distraire; une amertume affreuse serait la suite de cette infidélité à la grâce. Demandez, aux pieds de Christ, la foi de l'amour divin, demandez et vous obtiendrez, et une sainte terreur vous dira combien la vie est grande, et combien est immense cet amour du Sauveur qui mourut pour nous arracher à la juste punition du péché que chacun de nous a méritée. Ah! puissions-nous voir notre Dieu qui se fit homme pour mourir pour nous, puissions-nous le voir avec un coeur brisé, et pleurer au pied de cette croix de ne l'avoir pas aimé. Loin de nous rejeter, ses bras s'ouvriront pour nous recevoir; il nous pardonnera, et nous connaîtrons enfin cette paix que le monde ne donne pas.