CHAPITRE IV.

César et Aimée devant l'église Saint-Séverin.

Le père Antoine leur avait dit de prier Dieu; c'était la deuxième fois depuis deux jours que la même recommandation leur était faite, et cela les préoccupait beaucoup, parce qu'ils ne savaient pas prier. Pourtant, après s'être consultés ils prirent congé de la marchande de vin, qui s'était montrée bonne pour eux, et se rendirent à l'église Saint-Séverin. Mais retenus par une extrême timidité, ils s'arrêtèrent devant le portail, et là, le visage collé sur les barreaux de la grille, regardèrent en silence les fidèles qui entraient et sortaient, leur livre de messe à la main; puis un mendiant assis sur un escabeau près de la porte, et une mendiante, sa femme sans doute, qui se tenait sur un autre escabeau. L'homme était aveugle,... d'après un écriteau qu'il portait sur la poitrine, mais nous n'oserions affirmer qu'il le fût réellement. La femme avait les poignets retournés; ce qui ne l'empêchait point de secouer avec une persistance effrontée, sous le nez des gens qui passaient devant elle, un large gobelet d'étain dans lequel deux ou trois gros sous faisaient un tapage agaçant. L'homme gardait une immobilité de statue.

Nos amis étaient là depuis quelques minutes, lorsque leur extérieur misérable excita la compassion de deux dames, lesquelles glissèrent dans la main d'Aimée une légère aumône.

«Qu'est-ce que c'est, demanda l'homme en se détournant, on nous fait de la concurrence?

—Si vous ne partez pas, ajouta la femme aux poignets retournés, je vous tire les oreilles! Qui est-ce qui vous a donné la permission de vous planter là et de recevoir les aumônes qui nous sont destinées?... Ça ne va pourtant pas déjà si bien, ajouta-t-elle en regardant son compagnon.

—Attendons la sortie de la grand'messe; toutes les dames du quartier y sont entrées.

—Peuh! qu'est-ce que tout cela?

—Le beau temps va les disposer en notre faveur et leur faire délier les cordons de leurs bourses.