«Si vous avez un jardin, je le cultiverai, reprit César. Je sais comment on plante les fleurs et à quelle époque il faut tailler la vigne.»
Le jeune homme, qui n'était autre que le régisseur et qu'on appelait M. Robert, comprit tout de suite que mes amis ne savaient rien faire; mais, en même temps, il leur voyait tant de courage et de bonne volonté qu'il ne voulut pas les affliger par un refus brutal.
«Venez avec moi,» leur dit-il.
Et il les conduisit dans une vaste pièce qui servait de salle à manger aux gens de la ferme et qu'on appelait le réfectoire. Là, une jeune et alerte servante nommée Victoire leur servit un goûter, ainsi qu'à Balthasar, qui avait trouvé, sans éveiller de nouveau les susceptibilités du boule-dogue, le moyen d'entrer non-seulement dans la cour, mais encore dans la maison, et cela juste à point pour partager le repas de ses maîtres.
Tous trois mangeaient de bon appétit, et M. Robert, à qui cela faisait plaisir, les regardait en souriant, lorsque tout à coup le galop de deux chevaux et un cliquetis de ferraille appela leur attention.
«Tiens! s'écria Victoire en regardant par la fenêtre, voici les gendarmes!»
Certes, mes amis savaient ce que c'était que des gendarmes; à Paris, ils en rencontraient à chaque instant et n'en avaient jamais eu peur; cependant, soit pressentiment, soit conscience de leur état d'enfants abandonnés, ce fut avec un véritable déplaisir qu'ils virent entrer dans le réfectoire ces deux braves serviteurs de l'ordre public; lesquels, pour remplir un devoir de politesse envers M. Robert et sa compagnie, portèrent militairement au front le revers de la main droite.
La compagnie de M. Robert, c'était César et Aimée, puis la servante, qui, allant et venant de la cuisine au réfectoire, servait nos amis et les encourageait avec toutes sortes de bonnes paroles.
«Pauvres petits! disait-elle; là, voyez comme ils ont faim!... Mangez ceci, puisqu'on vous le donne... C'est de bon coeur, allez!... On dirait pourtant qu'ils craignent d'y toucher!... Faut pas comme ça faire des façons.... N'ayez donc pas peur!... quand on vous dit qu'il en reste encore pour les autres.»
Les gendarmes avaient chaud (à la campagne les gendarmes ont souvent chaud); ils déposèrent leurs chapeaux sur un buffet, ce qui permit à César et à Aimée de constater que les gendarmes n'ont pas la physionomie plus rébarbative que les autres hommes, et que la sévérité qu'on serait tenté de leur supposer au premier abord ne réside le plus souvent que dans leur grosse moustache et leur grand chapeau.