—C'est une excellente note pour eux.
—Pensez-vous, mon père, qu'ils soient capables de travailler?
—Mais sans doute, pourquoi pas? Ils peuvent à cette époque de l'année rendre dans les champs les mêmes services que les autres enfants de leur âge.
—Alors, mon père, si vous leur donniez de l'ouvrage?
—C'est impossible, mon ami, il n'y en a pas pour eux ici.
—Mais si je vous priais de leur en créer.
—Il me faudrait te refuser; j'ai encore dans le village deux ou trois enfants pauvres qui ne sont pas occupés, et auxquels garder ceux-ci serait nuire. D'ailleurs, mon ami, je ne puis donner asile à des enfants qui ne veulent pas se faire connaître.
César, se doutant bien que c'était là le M. Lebègue dont avaient parlé les paysans d'Orly, se décida à raconter ce qui leur était arrivé, à lui et à sa soeur, depuis la rencontre de la dame aux vingt francs, et ne cacha point l'effroi que leur avait causé la perspective d'être ramenés chez Joseph par les gendarmes.
M. Lebègue prit enfin le parti de garder les deux enfants à la ferme. Il devait voir Mme de Senneçay le surlendemain, et comptait s'entendre avec elle sur ce qu'il convenait de faire pour eux. En attendant, M. Robert fut chargé de prendre des informations sur Joseph, et Richard, remontant immédiatement le petit cheval gris pommelé qui l'attendait dans la cour,—et qui était un arabe pur-sang,—se rendit à Orly, pour demander à Florentin et à Florentine, avec qui il avait joué plus d'une fois chez Mme de Senneçay, ce qu'ils savaient de ses protégés.
Les gendarmes, n'ayant plus rien à faire aux Granges, jugèrent convenable de se retirer, non sans avoir toutefois vidé une seconde fois leurs verres et salué militairement, en gendarmes bien appris, M. Lebègue, M. Richard et leur compagnie.