César et Aimée retournèrent au château et gravirent assez piteusement les trois étages qui conduisaient à leurs mansardes. Celle de Sabin était vide!... Ils cherchèrent partout le fameux sac; point de sac!... tout avait disparu. Ils descendirent à l'office, et demandèrent des nouvelles de leur camarade; on ne l'avait point vu. Le coeur serré par un pressentiment pénible, ils revinrent près d'Antoine qui les attendait sur la route.
«Et Sabin, demanda le brave homme.
—On ne sait ce qu'il est devenu.
—Ah! on ne sait ce qu'il est devenu! Eh bien, je vais vous le dire, moi, ce qu'il est devenu. Il est parti avec les vingt-cinq francs dont la moitié vous appartenait à cause de Balthasar, et, d'après le portrait que vous m'en faites, ce doit être l'espèce de vaurien qui est passé près de moi il n'y a pas plus d'une heure et demie, comme j'étais assis sur la route.... Vous voilà bien! maintenant, vos places s'en vont à vau-l'eau!... Ce n'est, ma foi, pas malheureux; il vous fallait une bonne leçon, vous en aviez besoin, vraiment.... Je me demande comment vous avez pu croire qu'un semblable garnement avait du crédit auprès d'un homme comme le prince de Rochemoussue, et comment vous n'avez pas vu tout de suite qu'il n'était qu'un mauvais sujet et un voleur.... Il était temps qu'il vous quittât, car vous alliez devenir deux petits fainéants comme lui.... Ah çà, qu'est-ce qui vous fait pleurer?
—Nous n'avons plus d'argent!
—Voilà-t-il pas une belle affaire! On dirait vraiment que c'est la première fois que cela vous arrive!
—Les gendarmes vont nous arrêter et nous reconduire chez Joseph.
—Écoutez, ça dépend de vous; si vous voulez travailler, suivez-moi et vous n'entendrez jamais parler de Joseph. Sinon, je vous abandonne, et, ma foi! je ne sais pas ce qu'il adviendra de vous. Allons, choisissez....
—Nous voulons travailler, s'empressèrent de dire les deux enfants.
—Alors partons. Seulement ne marchez pas trop vite parce que je viens de faire une maladie; et mes jambes ne sont pas encore bien solides.»