La lecture finie, Blandine continuait à rêver dans son petit fauteuil.

Le piqueur envoyé par Luc, pour la mettre au courant de la journée, avait fini son récit.

«Le plus fort parcours de la saison... La bête avait emmené la chasse jusque dans le village de Balleroy, et la curée avait eu lieu sur la place même de l’église, à la lueur des lumières que tenaient les paysans sortis au bruit, avec lanternes, lampes ou flambeaux... Le pied avait été offert à madame de Sauveterre... La chasse ne serait pas de retour avant neuf heures au moins; monsieur le comte avait insisté pour qu’on n’y comptât pas plus tôt...»

Et il était sorti sans que Blandine eût quitté sa place.

Déjà, quand on était venu prendre ses ordres, elle avait refusé de dîner, prétendant qu’elle souperait plus tard; de sorte qu’au moment où son mari, revenu avant tout le monde, et arrivé presque derrière le piqueur, entrait dans son petit salon, il l’avait retrouvée dans sa robe d’intérieur, telle qu’il l’avait laissée en partant.

Un peu d’angoisse l’avait pris. Sa colère durait donc toujours!...

Debout devant son petit secrétaire, elle fermait avec précaution le précieux cahier, resté blanc dans sa seconde moitié, comme il était le matin; mais il avait marché si vite qu’il était arrivé près d’elle, avant qu’elle l’eût entendu entrer, et que les mots de l’en-tête l’avaient frappé à l’instant.

Blandine devenait-elle folle?... Est-ce qu’elle faisait son testament?...—Ceci, sans réfléchir à l’état hypothétique où se trouvaient encore les enfants à qui sa femme s’adressait.

Puis tout de suite rassuré par l’expression de son visage, et déchargé du poids et du regret qui l’avaient attristé toute la journée, il avait tiré le cahier.

—Je veux savoir ce que vous leur dites!