—ET nous arrivons à quelle heure?...
L’homme qui rangeait la collection des petits paquets, dans le filet du wagon, s’était retourné, le bras levé, gardant au bout de ses doigts un sac rouge qui dansait.
La question était ordinaire, le ton ne l’était nullement, et c’était à ce ton surtout qu’il répondait malgré lui en regardant la jeune femme:
—Mais... c’est que... nous voilà seulement passant les fortifications...
—Et des fortifications jusque là-bas, il faut rouler combien de temps?...
—Vous êtes fatiguée?... Demain, à deux heures quarante!...
La seconde phrase avait suivi précipitamment la première, hâtée par le froncement de plus en plus impérieux des sourcils qui interrogeaient.
Sans répliquer, elle s’était rejetée dans son coin, tandis que lui restait immobile dans sa pose de statue, avec le petit sac qui sautillait et qui semblait seul vivant.
Le fracas d’un train qui les croisait le tira de sa torpeur, et, sans rien dire non plus, il s’assit à son tour.
Anne Derives et Michel Frémont, mariés depuis le matin, commençaient leur voyage de noces, par cet après-midi du mois de mars.