Sons, paroles, images évoquées, chaleur de la voix, autant de puissances distinctes, qui la frappaient différemment, et peu à peu l’ébranlaient toute.
Dehors la nuit était complète. Il n’y avait même plus aux fenêtres ces clartés mélancoliques qu’on envie, et l’idée revenait, très douce, de cet absolu qu’on emporte avec soi quand on aime et qu’on se tient;—et toute la fuite de ce grand train et la vitesse de la vapeur semblaient maintenant une magie au service de leur bonheur.
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A genoux, devant la banquette où Anne dormait dans son grand châle, Michel attendait son réveil. Un peu ému, un peu tremblant, avec une petite angoisse qui lui serrait la gorge, mais placé bravement en plein jour!...
Quand elle ouvrit les yeux, elle sourit d’abord, à tout hasard, sans rien voir. Puis, sous la gravité persistante du regard qui l’observait, elle se souvint de la veille, et une rougeur de confusion gagna jusqu’à son front.
Un instant, elle tâcha de soutenir, sans rien répondre, ce regard droit, qui l’interrogeait; puis un de ses mouvements imprévus la mit tout à coup sur pied, et, toujours silencieuse, elle prit une feuille au buvard de voyage oublié la veille, pendant que Michel, stupéfait, la contemplait, les yeux énormes...
Est-ce que tout allait recommencer?
En une seconde, au crayon, elle avait griffonné deux lignes, et, pliant son papier en quatre, elle vint gravement le lui remettre:
—Il faut faire partir ça tout de suite!...