Quoi! d’un caprice, d’un trait de plume, il la rayait ainsi du nombre des gens qui vont, qui viennent, qui voyagent, qui s’amusent, qui se retrouvent.
Il lui faudrait à présent, pour le moindre déplacement, trouver un prétexte, une raison.
Il n’y avait plus à compter sur un de ces impersonnels décrets, signé par un lointain ministre, inspiré, cette fois encore, mais par une influence meilleure, qui rétablirait dans un temps ce que le premier avait défait.
C’était la séparation, sans limites, sans espoir, pour un avenir d’idylle bourgeoise, où la rage la saisissait à l’idée de jouer son rôle.
Comment osait-on ainsi disposer de sa vie à elle?
Sa colère l’égarait si loin, qu’elle oubliait sincèrement que sa vie «à elle» c’était ça: son mari, sa fille, ce château délicieux, où lui cherchait déjà joyeusement les embellissements à faire. Qu’on ne disposait de rien du tout en l’y laissant, apparemment heureuse et estimée. Qu’elle avait risqué bien plus grave.
Sans frein, sans patience, prête aux coups de tête les plus fous, elle préparait, dix fois dans le jour, un départ qu’elle eût exécuté sur-le-champ, sans balancer, n’était la volonté de son ami, maintenue en sagesse seulement par les lettres impérieuses qu’elle recevait de lui. Si exaspérée parfois, dans sa fureur impuissante, qu’elle courait jusqu’à son mari, mourant de désir de lui crier:
—Vous! Vous vous retirez ici pour vivre doucement avec moi!... Mais vous ne savez donc pas... Mais vous ne voyez donc rien!...
Enragée de lui faire du mal, de troubler sa joie quiète, dont elle jugeait la paix stupide. Méchante, acerbe, ironique.
On peut croire ce que furent les premières semaines de cette existence renouvelée que le pauvre mari avait cru bâtir avec des éléments de paradis!...