Pour la patiente personnellement, son état d’âme, moins aisé à définir, s’était modifié assez fréquemment depuis qu’elle s’était étendue là, pour l’avoir menée fort loin de l’humeur où elle s’y était mise.
Son esprit, resté très lucide, avait subi la maladie, d’abord avec la révolte qui marquait désormais presque chaque heure de sa vie.
Cette inertie physique qui la remettait, plus que jamais, aux mains de ceux qui l’entouraient, lui avait semblé insupportable, comme une brutalité humaine que quelqu’un aurait eue contre elle, et elle l’avait manifesté par un repliement taciturne que n’entamait nulle prévenance.
Après quoi, l’autre sentiment que produit parfois l’anéantissement du corps, lui était revenu ensuite.
Dans des crises morales intenses, être jeté violemment hors de la lutte et de l’action, même sans que rien soit terminé, semble quelquefois un bienfait.
Plus de décisions à prendre. Plus de coups nouveaux à attendre; rien qu’à souffrir passivement d’un mal que, cette fois, chacun, ému de pitié et d’intérêt, fait tout ce qu’il peut pour soulager.
Et elle s’était reposée, réellement, appréciant ce temps.
Puis, si bien qu’elle y fût faite, ces deux affections troublées qui veillaient près d’elle en tremblant, l’émouvaient parfois d’un remords.
Elle y parait avec un sourire, des grâces délicieuses et reconnaissantes, disparues depuis si longtemps; et rendues par sa faiblesse, si tristement alanguies, que son mari, le cœur brisé, redemandait au sort, en pleurant, les brusqueries de naguère.