Maintenant qu’elle était debout, de grandes vagues de sang lui bruissaient dans les oreilles, comme si elle s’enfonçait sous l’eau, et sa marche tremblante la menait d’une façon si incertaine, qu’elle se reconnut près de la fenêtre, quand, après des peines éperdues, elle eut traversé toute la chambre.

Appuyée contre les rideaux, elle reprit haleine un moment, et crut voir, en recommençant sa course, que sa chambre changeait de forme, devenait ronde et tournoyait.

Elle se raisonna là-dessus, s’expliquant son trouble à elle-même, et dans un effort surhumain franchit la distance finale.

Cette fois, elle était bien venue, et se trouva contre le bureau, au moment où sa main tremblante chercha un point où prendre appui.

Quand ses doigts, en s’abattant, reconnurent le bois familier, sa tête se dégagea soudain, et une joie violente et triomphante, faite de ce qu’il y avait de meilleur en elle, l’envahit, et la galvanisant toute, lui rendit ses forces complètes.

La clef, tournée de deux tours, comme elle l’avait laissée, était dure pour elle.

Elle se reprit à plusieurs fois, avant d’arriver à l’ouvrir, puis la sentit céder enfin.

Les paquets noués de leurs rubans apparurent à ses yeux.

La vision de sa fille lui revint; des prunelles bleues, si candides. Elle était sauvée, cette fois, de leur blâme et de leur douleur!

Mais de nouveaux bouillonnements lui troublèrent les yeux et le front. Puis elle eut une douleur au cœur, si atroce, qu’elle comprit ce qu’elle devait signifier, et ramassant sa volonté comme un lutteur qui se sent vaincu, elle tira le tiroir à elle.